Dimanche 31/05/2020

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La COP 21 n’est pas près de tomber dans les oubliettes !

Responsible Investment Strategist

Les Nations Unies accueillaient cette semaine à New York le Sommet des Investisseurs sur le Risque Climat 2016 afin de prolonger le momentum de Paris. Selon la Secrétaire Générale du UN FCCC (United Nations Framework Convention on Climate Change), Christiana Figueres, le Sommet de Paris en décembre dernier est un miracle à plusieurs égards. L’impact de l’accord est gigantesque pour l’ensemble des secteurs économiques. Il offre une opportunité sans précédent et représente en même temps une responsabilité majeure.

En effet, le défi principal consiste à transformer les fameuses  intentions de contributions nationales  (INDC - intended nationally determined contributions) en implémentations des contributions nationales (Implemented Nationally Determined Contributions).

L’initiative du Montreal Carbon Pledge, qui engage ses investisseurs signataires à estimer et publier l’empreinte carbone de leurs portefeuilles a été applaudie.

Cependant, au-delà de la publication d’une empreinte carbone, plus important est d’estimer le risque carbone comme risque économique majeur ayant un impact matériel sur le modèle de fonctionnement des sociétés.

  • Pour le secteur des pétrolières principalement, le risque carbone et le concept lié des stranded assets ont sensiblement modifié les paradigmes de business des sociétés. Ainsi la plupart se tourne considérablement vers le gaz au détriment du pétrole notamment pour des raisons de plus faibles émissions de gaz à effet de serre. L’investissement dans les renouvelables, s’il reste proportionnellement moindre, augmente également sensiblement.

Notre approche durable est dès lors particulièrement attentive au mixte énergétique des sociétés et leur exposition aux renouvelables.

En comparant les capacités développées par les pétrolières intégrées européennes dans chaque type de renouvelable à la valeur totale de leurs bilans, nous arrivons à une estimation intéressante de l’exposition de chacune d’elle. Shell ressort comme présentant la plus grande capacité aux renouvelables notamment par son exposition au solaire et au bio fuel.

  • Le secteur de la production électrique a été également directement confronté au changement de paradigme suite au risque carbone. En effet, le développement rapide et substantiel des énergies renouvelables a fondamentalement changé le modèle de fonctionnement de ce secteur en Europe et est appelé à le modifier encore à l’avenir.

Le développement des énergies renouvelables, qui bénéficient d’un faible coût de production marginal, a poussé les prix de l’électricité à des niveaux sans cesse plus bas, pesant lourdement sur la rentabilité des centrales au gaz et au charbon.

En effet, les graphiques ci-dessous représentent la capacité de production d’électricité (largeur du bloc) et son coût de production marginal (hauteur du bloc). La demande d’électricité fixe son prix. Le graphique de gauche montre la situation avant le développement massif du renouvelable (+/- 2000-2005). A l’époque les centrales au charbon sont encore rentables alors que celles au gaz et moins courantes au pétrole ne le sont plus.

Avec le développement du renouvelable, la capacité s’agrandit (largeur du bloc vert s’accroit) et pousse vers la droite les autres sources de production électrique alors que la demande n’a pas sensiblement évolué. Dès lors, les centrales au charbon sont également impactées et perdent en rentabilité (après 2005).

Impact du développement renouvelable sur la rentabilité des différentes centrales électriques

 

Comme le montrent les graphes ci-dessus, seule l’électricité produite à partir des énergies renouvelables, du nucléaire ou du charbon ou lignite sont encore rentables. Au contraire en période normale, les centrales au gaz ne sont plus rentables. Elles ne tournent plus qu’occasionnellement, en cas de pic de consommation ou d’indisponibilité temporaire de centrales nucléaires par exemple.

Les centrales au lignite (très polluantes en terme d’émissions de CO2) restent profitables grâce au faible coût de ce combustible disponible en abondance en Europe centrale. Cependant, le scénario est valable seulement si le prix de la tonne de CO2 reste bas (autour de 8€ /tonne actuellement). Or l’enjeu du réchauffement climatique est la remise en cause de cette hypothèse, possible à tout moment par décision politique (instauration d’un prix plancher pour le CO2 dans certains pays voire au niveau européen).

Même si l’instauration d’un prix cohérent du CO2 est la grande absence du 21e sommet onusien, les participants du Sommet de New York le considère comme la priorité de 2016. Dès lors, il doit être intégré dans les analyses.

Les entreprises de génération électrique européennes se détournent progressivement de l’utilisation de combustibles fossiles (charbon et gaz) car devenue non rentable ou sujet à décisions politiques défavorables. Nombreuses sont-elles à fermer des centrales au gaz ou au charbon. A titre d’exemple, EON a fermé plus de 10GW de centrales thermiques en Allemagne entre 2012 et 2015, soit l’équivalent d’une dizaine de réacteurs nucléaires !

Elles sont dans l’ensemble désireuses de se tourner vers les énergies renouvelables (subsidiées sous une forme ou une autre et donc donnant de la visibilité sur les résultats futurs) ou vers les activités de réseau de transmission et de distribution de gaz et d’électricité. Ces réseaux bénéficient en effet de rémunérations fixées par le régulateur et donc largement prévisibles. De plus, les réseaux demandent de lourds investissements et sont donc encouragés par le monde politique. L’Allemagne par exemple investit dans le raccordement de ses éoliennes offshore au continent et ensuite dans le transport de cette électricité éolienne vers le sud du pays. Ceci nécessite la construction ou le renforcement des lignes à haute tension.

Nous privilégions les investissements dans des entreprises qui sont rentables et qui bénéficient d’une bonne visibilité sur leurs revenus et leurs cash-flows. C’est donc naturellement que nous privilégions les sociétés électriques majoritairement actives dans les énergies renouvelables et dans les activités de réseau (transport et distribution d’électricité ou de gaz).

La COP 21 n’est pas un échec et pour sûr nous en entendrons encore parler !

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