Vendredi 06/12/2019

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COP21 : ne crions pas victoire trop vite

Responsible Investment Strategist

Après des mois d’annonces des gouvernements et des investisseurs, la COP 21 est maintenant terminée. Démarrée dans un contexte de haute surveillance et d’alerte terrorisme, les 195 pays présents sont arrivés à un accord international considéré comme sans précédent.

Arriver à un accord pour 195 pays est déjà un succès en soi alors que l’équation est particulièrement complexe. En effet, d’un côté les pays développés, qui ont développé leur économie libre de toute contrainte d’émissions de gaz à effet de serre. De l’autre les pays émergents qui au nom d’une justice climatique réclament un bonus d’émissions pour poursuivre leur croissance. Sans oublier également les pays vulnérables au changement climatique, qui aujourd’hui en subissent déjà les conséquences dramatiques et qui n’ont pas les moyens de faire face comme le Mali, Haïti ou les îles du Pacifique. Et enfin, les pays dont la croissance repose sur les énergies fossiles fortement émettrices comme le Venezuela, la Russie ou l’Arabie Saoudite.

Question centrale pour évaluer le succès : cet accord est-il contraignant ? il s’agit avant tout d’un accord international et non d’un traité. Comme pour le protocole de Kyoto, il requiert d’être ratifié par les différents pays au siège de l’ONU entre avril 2016 et avril 2017. Une fois le quorum minimum atteint, c'est-à-dire 55 signataires représentant au minimum 55 % des émissions globales, il entre en vigueur dans le mois qui suit. Il est contraignant en ce sens qu’il oblige les pays à formuler un objectif de réduction d’émissions et le revoir tous les 5 ans et de manière plus ambitieuse à partir de 2025.

Cependant, une simple notification écrite permet à un pays de sortir de l’accord.

L’aspect contraignant paraît dès lors bien faible. En même temps, que fallait-il attendre d’autres alors que les Nations-Unies, en dehors du Conseil de Sécurité, émettent rarement des mesures contraignantes et que le Congrès américain s’est déjà prononcé en opposition au plan d’énergie propre de son Président ?

L’accord prévoit un cadre de reporting relativement transparent sur les réductions d’émissions mais aucune sanction en cas de non-respect des objectifs, contrairement au Protocole de Kyoto, ce qui d’ailleurs avait conduit à sa perte. De plus, les signataires restent libres de déterminer leurs objectifs de réduction. Certains comme la Russie par exemple, peuvent annoncer des objectifs de réductions d’émissions qui ne sont pas le résultat d’un effort en la matière mais finalement la résultante naturelle des évolutions technologiques voire d’un ralentissement économique.

Le succès de l’engagement est dès lors fortement dépendant de la ratification de l’accord. Aujourd’hui 187 pays ont signé l’accord et représentent quasi l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre de la planète. En fonction des réglementations de chacun, les gouvernements régionaux seront impliqués ou non et il est donc difficile d’annoncer quels pays seraient susceptibles de ne pas ratifier l’accord. Cependant le risque réputationnel est tel qu’il est peu vraisemblable que les grands pays ne le ratifient pas. Aujourd’hui les états doivent également répondre à une pression de la société civile grandissante. Si aucune sanction n’est prévue, nous pouvons toujours garder à l’esprit l’exemple des Pays-Bas jugés par leur propre population comme insuffisamment responsable face au changement climatique et contraint à adopter des objectifs plus ambitieux de réductions d’émissions.

Succès également à relativiser : l’objectif de limite de réchauffement climatique plus ambitieux fixé à + 1,5° C au lieu des +2° par rapport au niveau pré-industriel. Il faut rappeler que les 2 degrés sont une décision politique résultant de la COP 16 à Cancun au Mexique et non une mesure scientifique pour lutter contre le réchauffement climatique. D’ailleurs elle ne permet pas d’éradiquer l’immersion de plusieurs territoires sur lesquels 280 millions de personnes sont à risque. La mention d’un nouvel objectif de 1,5° C est un compromis politique afin de réunir les plus petits pays vulnérables au changement climatique dès aujourd’hui. Cependant, aucune annonce n’a été faite sur la manière d’atteindre cet objectif sans aucun agenda non plus. Enfin, Carbon Trackers a réalisé une projection sur base des annonces d’émissions des pays et le résultat est davantage proche des 3° C (2,7-3° C) que du 1,5° C.

Le succès majeur de la COP 21 réside sans aucun doute dans l’engagement sans précédent auprès des autorités publiques comme de la sphère privée et d’une véritable conscientisation des risques et en particulier du risque carbone. Bien que la multiplication des initiatives peut faire craindre une dissolution et perte d’efficacité, le mouvement de désinvestissement dans le charbon et d’investissement dans l’énergie propre et le renouvelable est massif et ne doit pas être sous-estimé. Si les secteurs en première ligne ont déjà été contraints de s’adapter sensiblement, l’ensemble des secteurs est appelé à faire face à une économie bas carbone qui modifie la manière d’opérer, d’investir et de consommer.

La COP 21 n’est pas un échec. Mais clairement nous avons rendez-vous au Maroc l’an prochain pour la COP 22 afin de confronter l’annonce à l’action et crier victoire.

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