Dimanche 31/05/2020

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COP 21 : les engagements des investisseurs

Responsible Investment Strategist

Conférence sur le Climat à Paris : pouvons-nous compter sur l’engagement des investisseurs pour faire pression sur les autorités publiques pour adopter les mesures requises ?

Face aux annonces des gouvernements, la sphère financière s’est petit à petit -notamment face à la pression de la société sur le rôle fiduciaire des investisseurs- emparée du sujet également et un nombre croissant d’investisseurs - principalement institutionnels - se sont engagés dans le changement climatique. Plusieurs démarches d’engagement sont à compter, souvent le reflet des cultures d’investissement responsable et durable, telles que le désinvestissement du charbon, l’engagement actionnarial, les obligations vertes ou encore la décarbonation des portefeuilles. D’abord un engagement né des investisseurs responsables et éthiques, s’est répandu auprès des acteurs financiers majeurs tels que les banques d’investissement (Citi), assureurs (Allianz, Aviva) ou encore investisseurs institutionnels comme ERAFP, FRR, CDC en France.

Les ONG n’ont pas hésité à pointer du doigt les banques et assureurs de leur responsabilité dans le réchauffement climatique et les inciter (plus fort ?) à se désinvestir des énergies fossiles. De plus, de par leurs moyens financiers, ces derniers disposent également d’un levier important pour participer à la transition énergétique.

Nous avions mentionné le rejet des Républicains au Sénat du programme de changement climatique d’Obama. Lot de consolation : les investisseurs américains dominent l’engagement sur la question. Les grands fonds de pension connus comme Calpers ou Calstrs se sont joints aux congrégations religieuses, fondations et universités pour l’engagement climatique. Selon les derniers chiffres recensés par Novethic [i], plus de 960 investisseurs représentant près de € 30 trilliards, se sont engagés pour la lutte contre le réchauffement climatique, avec une place prépondérante aux Etats-Unis et aussi le Royaume-Uni mais également les Français qui pèsent significativement dans la balance.

Plusieurs démarches possibles pour les investisseurs :

  1. L’engagement actionnarial : traditionnel moyen de pression des investisseurs anglo-saxons pour un changement dans les modes de fonctionnement des acteurs principaux. Les dernières assemblées d’actionnaires de BP ou Shell en ont fait les frais avec une exigence d’estimer et communiquer sur leur exposition au risque carbone et leur stratégie et programme face au changement climatique et la transition énergétique.
  2. L’exclusion : la démarche peut être totale mais plus souvent partielle. Ainsi le Fonds Souverain de Norvège, sous la pression de ses habitants, a été contraint de réduire son empreinte carbone pour compenser une économie fortement contributrice d’émissions de dioxyde de carbone puisque reposant largement sur les énergies fossiles. À cette fin, le Fonds a annoncé son retrait de 22 sociétés fortement émettrices de CO2. De plus, l’été dernier, il s’est également engagé à désinvestir du charbon ; précisément des sociétés dont au moins un tiers du profit dérive du charbon. Enfin, il investira prochainement l’équivalent de € 5,5 milliards d’euros dans des investissements verts en plus d’une démarche d’engagement avec les principaux acteurs.
  3. L’énergie verte : nombreux sont les acteurs à déclarer d’importants investissements dans les obligations vertes ou énergie propre et renouvelable. Bénéficiant d’une meilleure visibilité et reconnaissance grâce aux principes des obligations vertes, le marché est en plein essor et connait un succès certain ;
  4. La décarbonation : enfin la décarbonation ou nouveau terme désignant le concept de décarboniser son portefeuille en réduisant l’empreinte carbone de celui-ci. Ce concept a également donné lieu à l’émergence de nouveaux indices innovateurs dits de bas carbone qui permettent des investissements diversifiés mais réduisant de moitié l’exposition carbone du portefeuille vis-à-vis d’indices équivalents traditionnels. Il est encore trop tôt pour mesurer l’impact réel de ces différents engagements à l’échelle globale. Comme pour les  pouvoirs publics, il y a lieu d’espérer que les effets d’annonce seront suivis par les actions. Néanmoins, le risque de réputation étant tel, les chances sont grandes que les actes s’alignent sur les mots. L’impact peut donc être dès lors matériel et ne doit en aucun cas être sous-estimé. Et réjouissons-nous de voir que la grande majorité des investisseurs engagés viennent de pays où les autorités sont plus réticentes à prendre action comme au Canada ou en Australie. Il est dès lors permis d’espérer qu’ils finiront par forcer leur gouvernement à agir étant donné que le risque carbone, au-delà du risque environnemental majeur, représente un risque économique important.
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