Mercredi 26/06/2019

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La COP 23 et le « One Planet Summit » : deux moteurs pour préserver les idées de Paris

Responsible Investment Strategist

Aujourd'hui, le sommet « One Planet Summit », à l'initiative d'Emmanuel Macron et co-organisé par l'ONU et la Banque mondiale, réunit les leaders mondiaux pour célébrer le deuxième anniversaire de l'accord climatique de Paris.

Le sommet vise à rassembler la communauté internationale, y compris quelque 2.000 personnalités du monde des affaires et des organisations de la société civile, afin d'avancer dans le domaine du financement. Une attention particulière sera attirée sur la manière dont les différents acteurs de la finance publique et privée peuvent innover pour accélérer la lutte commune contre le changement climatique. Ils discuteront des mesures nécessaires pour la transition énergétique, ainsi que des solutions possibles pour une économie sobre en carbone, la mobilisation des financements publics et des innovations de produits verts.

Le sommet One Planet est le dernier événement important de cette année après la précédente COP 23 qui s'est tenue du 6 au 17 novembre à Bonn, en Allemagne. Alors que le Sommet One Planet se concentre sur le financement des objectifs climatiques, la COP 23 était plutôt technique avec pour objectif de définir les règles de l'accord climatique de Paris et la structure et l'agenda des engagements pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, une décision déjà prise par les États qui l'ont ratifiée.

La COP 23 était présidée par les îles Fidji, un état insulaire fortement exposé aux phénomènes de changement climatique, dont les coûts sont estimés à 4 % du PIB par an. Pour l’archipel, l’enjeu de maintenir les ambitions de Paris était donc majeur, avec un objectif plus ambitieux : viser les 1,5 degré d’augmentation de température maximale et mettre sur pied le pacte de solidarité entre pays en développement et pays développés chers aux premières victimes du changement climatique.

Second objectif de la COP : le dialogue dit de facilitation, c’est-à-dire le bilan collectif des efforts en matière climatique et les premières discussions des modalités de relèvement des objectifs après 2020 pour les révisions quinquennales prévues par l’Accord de Paris.

Actions et besoins : le grand écart

Le dernier rapport du Programme des Nations-Unies pour l’Environnement (UNEP) sur les émissions mondiales[1] confirme les craintes des scientifiques : l’objectif des 2 degrés ne sera pas atteint ; plutôt une trajectoire de 3 degrés avec les ambitions actuelles.

De même au niveau du financement. Si le retrait des Etats-Unis est avant tout un non symbolique – encore plus isolé aujourd’hui après la ratification des deux derniers états le Nicaragua en octobre dernier et la Syrie le 7 novembre dernier -, il n’en reste pas moins que c’est le retrait d’un des principaux bailleurs. Or, les besoins en infrastructure sont estimés  à minimum 100 milliards de dollars d’ici 2020. Nous en sommes très loin aujourd’hui. Les subsides pour les énergies fossiles ne diminuent pas ; le prix du carbone reste au plancher ; le bilan est donc globalement négatif. Et certains avancent même le spectre d’une crise des subprimes pour les exploitants de gaz de schiste avec des prix au plancher. Dès lors, émerge de plus en plus l’idée de taxer les extractions et les externalités des sources d’émissions plutôt que les émissions elles-mêmes.

Prix du carbone et autres alternatives

Aujourd’hui 85 % des émissions échappent à toute tarification carbone. Et pour les ¾ de celles tarifées, elles le sont à un prix carbone inférieur à 10 dollars par tonne. Pour atteindre les objectifs de Paris, ce prix devrait mondialement monter à un niveau entre 40 et 80 dollars la tonne d’ici 2020 et entre 50 et 100 d’ici 2030.

Le prix du carbone reflète en réalité ce que la collectivité est prête à payer pour la protection du climat.

Dans un jeu où chacun retarde sa contribution à l’effort collectif et attend que le premier baisse ses émissions[2], une taxe à l’émission n’incite pas à la déclaration. L’absence de marché mondial pour le prix du carbone, qui est complexe, permet les contournements et n’incite pas les acteurs à l’investissement long terme (30-50 ans) nécessaire à la transition vers une économie bas carbone.

Un autre obstacle est également le financement nécessaire provenant des états alors que nombreux sont sans ressources et/ou endettés voire surendettés. Dès lors, certains se sont déclarés tributaires d’autres états qui dès lors disposent d’un droit de veto de fait pour toute décision au niveau mondial. Face à cet échec annoncé, émerge l’alternative d’un droit d’accise qui serait prélevée aux sociétés extractives privées ou publiques et redistribuée sous formes de subsides pour des actions concrètes et d’impact mesurable en matière de réductions d’émissions dans des projets porteurs tels que l’immobilier, le transport et l’infrastructure.

A défaut, une taxe sur le CO2 importé. Cela demanderait la création d’une institution internationale responsable de la collecte et redistribution de l’accise avec une gouvernance totalement irréprochable. Ensuite, la résistance au changement est assez caractéristique des parties prenantes politiques et économiques des sociétés dites développées. En attendant, les émissions de gaz à effet de serre continuent de monter. Et l’année dernière enregistre un triste record de la plus grande concentration de dioxyde de carbone. Sans compter de nouveaux records de niveaux d’émissions de gaz à effet de serre.

Si la COP 23 est technique, l’urgence climatique est toujours criante.

Maintenir l’esprit de Paris et garder le momentum

Paris et la COP 21 ont été clairement un vecteur de mobilisation mondiale pour la prise de conscience du risque carbone et la nécessité de l’implication de toutes les parties prenantes, Etats mais aussi les entreprises et les investisseurs. Alors que le siège de Donald Trump reste bien entendu vide lors de la conférence de Bonn, l’initiative « We are still in » regroupant près de 1.700 entreprises et investisseurs démontre l’opposition face à la décision de la Maison-Blanche. Cependant, nous espérons que l’ambition sera plus grande que le simple fait de rester dans l’Accord.

C'est pourquoi le sommet « One Planet Summit » porté par l’ensemble des pays engagés est crucial aujourd’hui. Le retrait des Etats-Unis combiné à une Europe aux prises des montées nationalistes et indépendantistes croissantes conduit à un manque de leadership face à l’urgence climatique. La Chine pourrait être le maillon fort mais sur les questions de règles du jeu, de transparence et d’ambitions quantitatives de réductions d’émissions, elle n’est cependant pas la meilleure élève.

Il est d’autant plus important que l’ambition reste élevée car Varsovie sera vraisemblablement  un hôte moins engagé lors de la COP 24.  La Pologne reste en effet le principal blocage sur la réforme du marché européen du  carbone (EU ETS).

Bien que la COP23 ait fait moins de manchettes que sa 21e édition, elle est d'une grande importance avec le One Planet Summit à la lumière des ambitions promises il y a deux ans.



[1] UNEP The emissions gap report

[2] « Waiting Game » – Gollier & Tirole – effective institutions against climate change, April 6 2015

 

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