Vendredi 11/10/2019

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La gouvernance, autre pilier essentiel de la durabilité

Responsible Investment Strategist

S’interroger sur la durabilité d’un pays, c’est aussi remettre en question les modèles traditionnels de valorisation de croissance des Etats. Les évolutions observées ces dernières années ont accru la pertinence de cette démarche. Troisième et dernière partie de notre analyse des critères ESG sur base de notre classement de durabilité.

 

 

Remise en question des indicateurs macroéconomiques traditionnels

Tout d’abord, il y a lieu de s’interroger sur les évaluations de la productivité dans nos pays – souvent en baisse – alors que les emplois se tournent de plus en plus vers des services à la personne qui sont moins « productifs » (au sens strict du terme) que les emplois industriels en perte de vitesse ces dernières années.

Ensuite au niveau de l’emploi, le chômage est-il toujours un indicateur pertinent pour mesurer le sous-emploi dans un pays ? Aujourd’hui, les taux de chômage ont baissé dans la majeure partie des Etats membres supposant le plein-emploi. Il est par exemple au plus bas en Allemagne. Cependant, la crise de 2008 a conduit à une situation où les gens sans emploi ne rentrent pas systématiquement dans les statistiques actuelles de chômage. Or, ces derniers pourraient revenir sur le marché et augmenter la force de travail. Ensuite, il n’y a pas d’accélération significative des salaires de manière générale. Ceci sous-entend que le marché du travail est sous-tendu et pas encore au plein emploi. Dès lors, la réflexion d’un marché de plein-emploi n’est pas correcte.

Affiner les indicateurs

C’est pourquoi, depuis longtemps, notre modèle de durabilité a remplacé le critère du taux de chômage par deux critères plus qualitatifs sur le chômage structurel au sein d’un pays : le chômage dit long terme, c’est-à-dire au-delà de 12 mois, et le chômage des jeunes (par rapport à la force de travail du même âge) qui peut être un dangereux terreau à l’instabilité sociale.

Si nous regardons certains pays dont le taux de chômage est aujourd’hui bas, nous constatons que l’image peut être différente si nous regardons ces deux indicateurs en parallèle.

Source : DPAM.

Nous constatons ainsi que pour plusieurs pays dont les Pays-Bas ou l’Allemagne, le chômage est bas mais le chômage long terme (c’est-à-dire supérieur à 1 an) est plus haut que la moyenne.

Egalité sociale et gouvernance

Cette analyse qualitative du chômage va de pair avec la question d’inégalité sociale. Le concept de « pauvre au travail » a émergé après la crise 2008 qui a vu l’augmentation de formes de travail non standards qui ont contribué à l’augmentation de la pauvreté au travail. Afin de combattre cela, les Etats et leurs autorités publiques ont également une responsabilité, notamment par des actions directes comme l’augmentation des revenus, les salaires minimaux ou les transferts sociaux.

Depuis la création de notre modèle en 2007, la problématique de l’inégalité est au cœur de nos réflexions :

  1. D’abord avec le coefficient GINI utilisé pour mesurer l’inégalité des revenus dans un pays. Si l’indicateur peut paraître imparfait pour certains, il reste cependant un indicateur important de l’inégalité au sein d’une population. Comme nous l’a rappelé le professeur Decoster de la KUL lors d’un exposé à notre groupe de pilotage, cet indicateur doit être complété par d’autres facteurs permettant d’estimer les différents angles de l’inégalité de revenus comme notamment la part du revenu total reçu par les 20 % de la population disposant des plus hauts revenus avec le total perçu par la population aux revenus les plus bas.
  2. Ensuite, l’importance des gens vivant sous le seuil de pauvreté. Ici aussi les informations sont très pertinentes et ne sont pas spécifiques aux pays en voie de développement. Bien au contraire, l’écart se creusant au sein des membres de l’OCDE est une problématique croissante et joue un rôle déterminant sur la stabilité des structures et des institutions.
  3. Enfin, il faut être aussi attentif au changement de camp de la pauvreté qui touche de plus en plus les jeunes et crée un rapport de force intergénérationnel. Ce dernier se reflète aussi au niveau de la gouvernance d’un pays. Le premier parti politique des jeunes est de manière générale l’abstention. Les campagnes électorales visent régulièrement les tranches d’âge à plus grand potentiel. L’observation de l’évolution des dépenses des gouvernements par rapport aux tranches d’âges est ici révélatrice. Généralement, les dépenses publiques se concentrent essentiellement sur les deux tranches d’âge extrêmes, c’est-à-dire les jeunes (5-20 ans) et les plus de 60 ans. Sur les 20 dernières années, de nombreux pays comme la France ont maintenu le sommet des dépenses des jeunes au même niveau, alors que le sommet des plus de 60 ans a considérablement augmenté, expliqué notamment par la hausse des coûts de santé et des retraites. L’évolution de ratio de dépendance-vieillesse est également un élément clé à garder à l’œil en étroite relation avec les institutions de gouvernance d’un Etat.

Comment appréhender la gouvernance d’un pays

Appréhender la gouvernance d’un pays est donc un exercice complexe car la durée d’un mandat de gouvernement est en général relativement courte. Il faut dès lors regarder au-delà du gouvernement ou parti(s) politique(s) mis en place.

La gouvernance s’observe à travers différents prismes tels que le respect des libertés et droits fondamentaux, l’égalité des chances, la qualité des institutions de gouvernance ou encore la sécurité d’un pays. Elle se reflète directement dans les résultats socioéconomiques et peut en être la cause ou la conséquence.

L’observation de la corrélation entre ces indicateurs socioéconomiques et la montée du populisme dans certains pays illustre d’ailleurs ce lien étroit avec la gouvernance :

Source : DPAM.

Retrouvez les deux premières parties de notre analyse ESG :

 
 
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