Dimanche 13/10/2019

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Investir dans l'environnement pour accroître la croissance d'un pays

Responsible Investment Strategist

La question de la durabilité environnementale étant cruciale pour la croissance d’un pays, nous vous proposons d'analyser les critères ESG, dans le cadre du classement de durabilité des pays OCDE et émergents que nous publions depuis 2008. Cette semaine : le pilier environnemental.

A retenir :

  • Depuis 2008, Degroof Petercam publie son classement semestriel de durabilité pour les 35 pays membres de l'OCDE et les pays émergents.
  • Durant 3 semaines, nous vous proposons d'analyser les critères ESG (Environnement, Social et Gouvernance) sur base de ce classement.
  • Cette semaine : le pilier environnemental.
  • Sur le plan environnemental, trois facteurs impactent fortement la durabilité de la croissance d'un pays : le changement climatique, la qualité de l'air et le stress hydrique.

Parce qu’il est clair dorénavant que le coût de l’inaction en matière de changement climatique est supérieur au coût de l’action, les experts démontrent aujourd’hui le coût supplémentaire de tout délai dans la prise d’actions et de décisions.

En effet, l’OCDE estime à 2 % en moyenne la perte de PIB du G-20 sur les dix prochaines années suivant la transition énergétique si les actions devaient être postposées après 2025. Un coût supérieur pour les pays exportateurs nets d’énergie fossiles.

La question de la durabilité environnementale étant cruciale pour la durabilité de la croissance d’un pays, nous proposons de faire le point sur le pilier environnemental, intégré dans notre modèle de durabilité des pays OCDE et émergents.

1. Le changement climatique

C’est une quasi certitude. Le scénario de 2° de l’Accord de Paris ne sera pas atteint, en tout cas pas dans le cadre des politiques actuelles.

Les contributions fixées par les pays en termes de réduction d’émissions indiquent plutôt un scénario de 3°C. Et ceci aura un coût. Pour les Etats-Unis chaque degré supplémentaire coûterait une perte estimée de 1,2 % de son produit intérieur brut.

On a beaucoup parlé du rôle de la sphère financière dans le financement de l’énergie à bas carbone. Mais et en particulier les politiques adoptées par les pays sont déterminantes aujourd’hui dans la trajectoire qui sera prise par ceux-ci. Car il y aura lieu de choisir à continuer à financer et subsidier les énergies polluantes ou financer l’infrastructure requise pour le défi devant nous. Il peut s’agir en effet d’une opportunité unique puisque la transition énergétique est un chantier gigantesque et planétaire qui crée de l’emploi et nécessite des infrastructures et des financements énormes. L’OCDE[1] estime à près 95 trillions de dollars les besoins de financement en infrastructure (énergie, transport, eau et telecoms) entre 2016 et 2030.

Les dix industries les plus émettrices de carbone dans l’Union européenne représentent près de 83 % des émissions totales de CO2 et comptent pour seulement 28% du marché de l’emploi et une valeur ajoutée de 21 %. [2]

Aujourd’hui, la majorité des émissions carbone sont valorisées à zéro et lorsqu’elles ont un prix, il est inférieur à € 30 euros la tonne. Les subsides aux énergies fossiles restent la norme et constituent un coût fiscal important pour les gouvernements. Ainsi près d’un milliard de dollars a été encore accordé par six membres de l’UE à l’industrie du charbon depuis 2015 malgré leur ratification de l’Accord de Paris[3].

Alors qu’en augmentant la part des renouvelables dans l’énergie primaire à 65 % en 2050 permettrait une réduction des émissions CO2 de près de 70 %. Aujourd’hui, cette part n’est que de 15 % avec des différences majeures entre les pays. Le Danemark clairement en tête du peloton fait office d’exemple pour tous sur la faisabilité d’une transition complète vers l’énergie renouvelable. Le Portugal, l’Allemagne ou aussi la Belgique ont investi également pour augmenter la part du renouvelable dans leur mixte énergétique. Des efforts importants restent cependant à faire notamment en France, au Japon, en Australie ou aux Etats-Unis.

Source: IEA Statistics © OECD/IEA 2014.
 

2. La mauvaise qualité de l’air – première cause de mortalité précoce au monde

Les différentes formes de pollution ont coûté en termes humains neuf millions de personnes en 2015 et en termes financiers 4,6 trillions de dollars américains. En Chine, près d’un cinquième des décès est attribué à la pollution et près d’un quart en Inde ou au Bangladesh. Notre vieux continent n’est pas non plus épargné. Moins d’un pays sur trois des membres de l’OCDE est conforme aux recommandations de qualité de l’air de l’organisation mondiale de la santé. L’exposition de la population aux particules PM 2,5 dans l’air et à l’ozone causerait près d’un demi-million de morts prématurées chaque année. Et équivaudrait à un coût de près de 3,8 % du PIB.

Différents indicateurs permettent de mesurer la vulnérabilité d’un pays vis-à-vis de la pollution, que ce soit la qualité de l’air ou les décès attribués à la pollution atmosphérique ou encore au manque d’air dans les habitations.

Exposition chronique des pays OCDE aux pics de pollution

Source : OECD Green Growth Indicators.

3. Le stress hydrique au sein des conflits sociaux

Le capital naturel est essentiel dans les considérations de durabilité économique. Quand près d’un quart de la croissance de la Russie depuis 1994 provient de l’extraction de ses actifs fossiles il y a lieu de s’interroger sur la dépendance du pays vers l’extraction de ressources naturelles et le besoin d’identifier de nouvelles sources de croissance pour le long terme.

L’urbanisation conduit à toujours plus de terres bâties et donc moins de terres agraires.

Aujourd’hui près de 30 % de superficie terrestre supplémentaire est bâtie comparée à 1990 grignotant sur les terres arables et l’agriculture et les zones boisées.

L’identification des pays les plus exposés et leurs moyens mis en place pour y remédier fait également partie de la cartologie des risques pour un investissement en obligations souveraines.
 

La semaine prochaine, retrouvez la deuxième partie de notre série, consacrée au critère social (éducation).


[1] OECD, investing in climate, investing in Growth – a synthesis  

[2] OECD highlights on green growth indicators 2017

[3] Source : Overseas Development Institute

 

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