Mardi 13/08/2019

Top Header

Langues

Changement climatique : les Etats-Unis, entre victoire et indignation

Responsible Investment Strategist

D’un côté on crie victoire, de l’autre on s’indigne : ces deux derniers jours ont été marqués par la victoire des actionnaires d’Exxon Mobil qui ont réussi après plusieurs tentatives à faire plier le géant pétrolier américain qui devra désormais répondre de ses obligations envers le changement climatique et l’annonce faite par Donal Trump du retrait de l’accord de Paris.

Nous l’avions mentionné ici, il n’est pas si facile de se retirer de l’accord de Paris et dès lors, la décision du Président américain ne sera pas appliquée avant plusieurs mois et peut-être verra-t-il son mandat se terminer prématurément avant l’entrée en vigueur de son refus. Cependant, c’est un allié important dans les discussions qui se retire, non seulement en termes d’émissions carbone,  mais aussi en termes de relations internationales.

Un non symbolique

Les réactions et commentaires n’ont pas tardé après la déclaration de Trump et confirment que son rejet de l’accord de Paris restera surtout un non symbolique. En effet, les enjeux croissants et majeurs du réchauffement climatique sont aujourd’hui unanimement reconnus par les investisseurs, la communauté financière et les grandes multinationales. Ceux-ci reconnaissent aujourd’hui ces enjeux pour une économie stable et profitable sans même parler d’une planète plus saine et plus respectueuse de son environnement.

C’est de la sphère privée que vient l’impulsion pour maintenir l’accord de Paris sur les rails et avancer vers une énergie à bas carbone. La victoire des actionnaires d’Exxon fait suite à d’autres victoires similaires parmi les pétroliers américains comme Occidental Petroleum ou PPL Corporation. Les résultats d’assemblées d’actionnaires démontrent le changement historique de mentalité des investisseurs prônant davantage de transparence vis-à-vis du risque climatique.

Un risque limité

Des états comme la Californie, New York ou l’Ioha souffrent directement des conséquences des changements climatiques et ont déjà adapté profondément leur fonctionnement et modes de production ont atteint un point de non-retour. Les secteurs économiques sont aujourd’hui avant tout guidés par les progrès technologiques visant une meilleure efficacité énergétique et des gains économiques, et non par les engagements publics de leurs responsables politiques.

Même si l’option que d’autres pays prennent une voie similaire à celle des Etats-Unis ne peut être totalement exclue, le risque reste actuellement limité pour deux raisons :

  1. Les réactions directes de l’Europe et surtout de la Chine qui se positionnent comme les deux moteurs de l’implémentation de l’accord de Paris
  2. La sortie effective de l’accord qui risque de prendre plusieurs années

La position de la Chine est primordiale, puisqu’aujourd’hui elle est l’un des principaux contributeurs aux émissions de gaz à effet de serre. Mais rappelons que la Chine est le plus gros investisseur en énergies éolienne et solaire et n’a pas de ressources pétrolières suffisantes pour répondre à la demande en énergie. Malgré un charbon abondant et à faible coût, le pays est obligé de réduire sa consommation de charbon pour assurer la stabilité et l’apaisement de sa population confrontée à une pollution atmosphérique asphyxiante et ralentissant d’ailleurs son développement économique.

Pas avant quatre ans

Les Etats-Unis ayant ratifié l’accord de Paris rapidement avant l’issue des élections présidentielles de l’automne dernier, le retrait de l’engagement prendra officiellement près de quatre ans, sauf si M. Trump décide de sortir du traité de 1992 établissant le UNFCCC[1], à l’origine du Traité de Paris. En effet, le retrait ne peut pas être notifié avant le 4 novembre 2019 et la sortie formelle prendrait effet un an plus tard soit le 4 novembre 2020. Peu de chance également que l’accord soit renégocié lors de la COP 23 à Bonn présidée par Fiji en Novembre prochain.

Une nation isolée

La déclaration de M. Trump fait avant tout écho à son slogan de campagne « America First ».  Les Etats-Unis auraient pu rester dans l’accord sans agir proactivement pour la transition énergétique et faire régulièrement état de progrès limités avec un engagement en termes de réduction des émissions de gaz à effet de serre réduit à son strict minimum. C’est avant tout un message fort que le Président veut donner : rejeter un accord international quasi planétaire au nom de la toute-puissance des Etats-Unis, une nation forte et prospère.

Mais c’est avant tout l’image d’une nation fermée et isolée des 194 parties cosignataires de l’accord qui apparaît. Ou plutôt l’image d’un Président qui s’isole de plus en plus et doit faire face au mécontentement croissant non seulement de ses partenaires internationaux, mais aussi d’une large partie de sa population et de ses entreprises bien engagées sur la voie de l’économie bas carbone, tous conscients qu’il n’y a pas d’autre alternative.



[1] UN Framework Convention on Climate Change

 

Mail