Samedi 15/06/2019

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Trump jette un froid sur la lutte contre le réchauffement climatique

Responsible Investment Strategist

C’est lors du 22e Sommet Onusien sur le Changement Climatique (COP 22) qu'est tombée l’annonce de la victoire de Donald Trump. Si les craintes du Brexit pour la ratification de l’accord de Paris se sont vite dissipées, c’est ici un nouvel obstacle qui s’annonce pour le succès de l’accord dorénavant en vigueur.

En effet, fort de ses effets d’annonce, Trump a régulièrement commenté son opinion sur le changement climatique, notamment en proclamant le réchauffement climatique comme concept inventé par et pour les Chinois afin de nuire à la compétitivité de l’industrie américaine.

Les Etats-Unis représentent 16,4 % des émissions globales et ont un rôle majeur à jouer dans le réchauffement climatique et la qualité de l’air. De plus, comme dans toute négociation internationale, les Etats-Unis sont un interlocuteur majeur dans les négociations sur les politiques climatiques. Le résultat des élections américaines est donc de taille pour l’implémentation de l’accord de Paris.

L’accord de Paris est entré en vigueur le 4 novembre dernier, suite à la ratification d’au moins 55 parties et la représentation de 55% des émissions globales. La conférence COP 22 qui se tient au Maroc jusqu’au 18 novembre prochain a pour but principal de définir l’implémentation de l’accord de Paris. Il convient en effet de définir le cadre de mesure et d’implémentation des différents plans climatiques de chacune des Parties, difficilement comparables en l’état actuel, avant 2020. La ratification par un pays entraîne que ses contributions nationales déterminées “intentionnelles” deviennent l’objectif et ne soient plus “intentionnelles”.

En pratique

L’organisation du pouvoir américain laisse une certaine place au pouvoir et contre-pouvoir avec le Congrès et la Chambre des Représentants et rassure un peu que Donald Trump n’est pas seul à bord. S’il a déclaré que les Etats-Unis sortiraient de l’accord de Paris, la mise en pratique ne sera pas évidente. En effet, pour sortir de la ratification de l’accord, le pays doit introduire un préavis de trois ans, qui sera effectif l’année suivante, un total dès lors de quatre années. En d’autres termes, si Trump introduisait son préavis le premier jour de sa présidence (20 janvier 2017), les Etats-Unis resteraient liés à l’accord jusque janvier 2021 c’est-à-dire dans la période de réduction des émissions (2020-2030) et après les prochaines élections présidentielles. Le risque est donc limité. Cependant, techniquement Trump peut également décider de sortir les Etats-Unis de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) où le délai de préavis n’est que d’un an, ce qui lui permettrait de se libérer de toutes les obligations liées à la CCNUCC y compris l’accord de Paris. Il va sans dire qu’une telle démarche serait fortement critiquée pour la diplomatie internationale.

Au-delà du retrait de l’accord de Paris, Donald Trump défend un marché de l’énergie dérégulé, une énergie bon marché pour le consommateur et les industries américains et l’indépendance énergétique des Etats-Unis. Son soutien aux énergies fossiles est explicite et les énergies renouvelables, à moins qu’elles soient concurrentielles économiquement parlant, vont être négativement impactées. Trump ambitionne d’augmenter la production de charbon, de revoir l’exploitation du pipeline pétrolier Keystone XL ainsi que l’exploitation de gaz et pétrole en Alaska et dans le golfe du Mexique.

Marche arrière ?

Ce serait bien entendu une marche arrière substantielle bien malheureuse après les nombreux progrès enregistrés par Obama en la matière. En effet, alors que les Etats-Unis étaient en queue de peloton en matière de changement climatique, les deux mandats d’Obama ont permis l’adoption de plusieurs plans environnementaux majeurs tels que le Clean Power Plan, Climate Action Plan, Clean Water Rule ou encore l’accord bilatéral sur le climat avec la Chine qui a permis le succès de la COP 21.

La nomination du 9e siège vacant à la Cour Suprême pourrait être déterminant dans les plans de Donald Trump. En effet, la Cour Suprême détient le pouvoir de bloquer les lois adoptées par le Congrès jugées non constitutionnelles. Le candidat proposé par Obama n’avait pas été retenu faute de la proximité des élections. A voir si Trump parvient à placer un de ses poulains.

Un soutien financier

Enfin, l’implémentation de l’accord de Paris requiert un financement important. L’annonce de Trump d’arrêter les soutiens financiers américains aux programmes des Nations Unies pose dès lors un risque important également. Les Etats Unis ont versé USD 11,6 milliards de dollars en R&D pour le climat en 2014; Ils soutiennent pour 26,1 milliards de dollars les programmes climatiques selon le American Recovery and Reinvestment Act de 2009. Ils ont également fait un dépôt initial de 500 millions de dollars pour le Green Climate Fund pour lequel ils se sont engagés à verser 3 milliards. Si les chiffres peuvent paraître faibles face au PIB du pays, ils sont importants face à l’ampleur des besoins.

La rapidité de ratification de l’Accord de Paris tend à prouver le sérieux de la prise de conscience du problème climatique. 82 parties ayant ratifié l’accord discutent actuellement ses modalités d’implémentation. La victoire de Trump jette indéniablement un sacré froid pour la lutte contre le réchauffement climatique. A espérer que ses effets d’annonce resteront du vent.

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