Dimanche 31/05/2020

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Quelle est la valeur de la durabilité dans les économies émergentes ? (II)

Responsible Investment Strategist

L’évolution de certains pays ces trois dernières années est également intéressante au regard d’un investissement potentiel. Prenons l’exemple du Mexique, poids important des indices de dette émergente ou l’Argentine, qui récemment, est revenue sur le marché des capitaux internationaux avec un succès surprenant.

 

 

 

Si l’univers et la méthodologie ont évolué ces trois dernières années, le Mexique perd cependant plusieurs places dans le classement. Certes, il enregistre certains progrès mais ceux-ci ne sont pas suffisants par rapport aux pairs et s’accompagnent également de certaines détériorations.

Les défis du Mexique sont bien connus et c’est au niveau de la transparence et des valeurs démocratiques et de la population que le pays montre les plus grands chantiers à engager. La corruption est un véritable fléau et la position du Mexique à ce niveau ne cesse de dégringoler, à la 60e place de notre classement de 87 pays aujourd’hui. La violence et le crime organisé pèsent lourdement sur l’environnement pacifique, classant le pays dans le peloton de fin. Et cette violence a un coût : selon l’ONG Vision of Humanity, elle a coûté en 2015 plus de 2.12 trillions de pesos mexicains soit 13% du BNP !

Cette corruption et cette violence se font ressentir également au niveau de la liberté de la presse, où le pays se classe à la 76e place. La qualité des institutions de gouvernance, déterminante selon la recherche académique réputée pour estimer la capacité d’un pays à rembourser sa dette, est également déplorable (75e position). Ce faible score en matière de transparence fait écho à un faible score au niveau de la population et de son bien-être avec une inégalité très marquée au sein de la population, une faible prévention santé et un taux de fertilité sous la moyenne de l’univers observé. Malheureusement, les investissements en éducation ne garantissent pas la relève par les générations futures. Les dépenses dans l’enseignement primaire et l’engagement dans ce dernier restent sous la moyenne de l’univers également.

Si nous nous penchons sur la durabilité environnementale du pays, malgré les progrès enregistrés, les émissions carbone sont trop élevées et la protection des territoires (maritime et terrestre) reste insuffisante. Cette analyse baisse donc le classement du second plus grand pays de la région de la 25e à la 37e position, creusant davantage l’écart avec son homologue brésilien. Or le Mexique reste un constituant important des indices obligataires représentatifs.

L’Argentine, qui reste historiquement l’exemple en matière de défaut de paiement pour les détenteurs d’obligations souveraines, est revenue sur les marchés de la dette internationale très récemment avec du papier sur 3, 5, 10 et 30 ans. L’émission, accompagnée d’un relèvement de la note de crédit par les trois principales agences de notation en la matière, a enregistré un franc succès en levant 15 milliards de dollar.

Fin mars le sénat argentin clôturait l’implémentation d’un accord obtenu en février dernier entre le gouvernement et les détenteurs de dette argentine, victimes de la mise en défaut de paiement tristement célèbre de 2001 et ayant refusé la décote de 70% lors des négociations de 2005 et 2010. Cette clôture du dossier était nécessaire pour restaurer l’accès aux marchés des capitaux internationaux à l’Argentine, après 15 ans d’exclusion.

Les différentes démarches sont accueillies positivement par les investisseurs et les agences de notation puisqu’elles laissent espérer une meilleure solvabilité et liquidité du pays. Cependant, l’analyse de durabilité et son évolution sur trois ans ne confèrent pas la confiance bien nécessaire pour revenir sur la dette argentine. En effet, la durabilité du pays ne semble pas s’améliorer. Au contraire, le pays perd 17 places sur les trois dernières années. Au niveau de la durabilité économique, le pays se classe en bas de peloton très loin de son voisin chilien et à l’exception de son déficit courant, affiche des performances bien en-deça de la moyenne de l’univers étudié. Le manque de compétitivité de l’économie souffre fortement des problématiques observées au sein de la transparence et des valeurs démocratiques. En effet, la crise institutionnelle profonde est notamment le résultat d’une inefficience de gouvernance, d’une corruption et problématique d’éthique importante et dès lors d’une liberté économique répressive. Le pays affiche une détérioration de son classement en matière de corruption mais aussi au niveau des droits politiques et libertés civiles. L’inégalité au sein de la population est également importante. La  prévention santé ainsi que le taux de fécondité sont également sous la moyenne de l’univers. Et l’espérance de vie recule et classe le pays loin derrière son voisin chilien par exemple.

C’est dans le cadre de l’éducation que les espoirs sont permis et visibles. Bien que les dépenses en la matière restent faibles, la population est lettrée en grande partie, bien davantage qu’au Chili, et le nombre d’enfants ayant achevé le cycle primaire est également relativement élevé et supérieur au Chili.

Retrouvez la première partie de cette analyse ici.

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