Mercredi 14/08/2019

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Shirin Ebadi, la voix des femmes

Head of Philanthropy

Shirin Ebadi est Iranienne, juriste et Prix Nobel de la Paix pour sa défense des droits des femmes et des enfants. Elle nous a fait l’honneur de sa présence lors d’un petit-déjeuner pour aborder entre femmes leur rôle dans le déploiement de la démocratie. Rencontre.

S’il y a une femme qui marque de son empreinte l’histoire récente de l’Iran, c’est bien Shirin Ebadi. A moins de 30 ans, elle fut l’une des premières femmes nommées magistrat à la cour de justice de Téhéran. Lorsque la révolution iranienne aboutit en 1979 à la République islamique, elle se voit interdire la pratique de son métier et exclue de toute fonction publique. Faisant face à la perte de droits civiques et à l’injustice auxquels sont confrontés ses concitoyens et citoyennes, Shirin Ebadi commence alors son combat de l’autre côté de la barre pour défendre ceux dont les droits fondamentaux sont bafoués dans son pays, et plus particulièrement les femmes.

En 2003, sa lutte est unanimement saluée avec l’obtention du Prix Nobel de la Paix. Elle devint ainsi la première femme musulmane et la première Iranienne à obtenir cette distinction.

Affronter le statu quo

Aujourd’hui, Shirin Ebadi continue d’être la porte-parole des droits de l’Homme, et plus particulièrement ceux des femmes. « Le chemin est encore long », nous raconte-t-elle, « car nos sociétés patriarcales ont historiquement intégré une infériorité de la femme qui reste profondément ancrée dans nombre de cultures, même en Occident. Souvent, des femmes vivent cette injustice dans une forme communément admise de statu quo, qui ne les pousse pas à se mobiliser. Elles sont ainsi malgré elles complices de cette injustice ». Elle regrette de voir des femmes, mêmes instruites et actives, ne pas oser montrer leur désaccord, de peur qu’on ne les prenne pas au sérieux ou par crainte de gêner. Shirin Ebadi parcourt donc le monde à la rencontre de ces femmes et veut par son histoire leur ouvrir les yeux sur leur rôle et l’impact qu’elles peuvent avoir en faveur de la démocratie.

Son plaidoyer, elle le poursuit en rencontrant des dirigeants qu’elle interpelle volontiers sur leur rôle dans la défense des droits des femmes, particulièrement dans leur relation avec les pays où ces droits sont foulés aux pieds. Lorsqu’on lui demande quels conseils elle leur prodigue, sa réponse est instantanée : « assurez-vous que votre ambassadeur soit une femme ».

La démocratie portée par les femmes

Et quel est le rôle de la philanthropie dans tout cela ? Pour Shirin Ebadi, celui qui veut contribuer aux droits des femmes devra investir dans l’éducation, avec une attention toute particulière aux filles. Il faut armer les jeunes filles pour leur permettre de se battre pour leurs droits. La situation en Iran l’a montré : la période prérévolutionnaire n’avait pas permis de faire émerger une génération de femmes prête à remplir le vide politique que provoqua la révolution. Changer un fait culturel prend du temps, et le philanthrope peut par sa liberté se permettre ce travail à long terme. Pour elle, le philanthrope a aussi son rôle à jouer à travers la société civile en soutenant et en faisant résonner les voix des femmes qui luttent pour leurs droits.

Sa vision est claire : le meilleur pari pour une démocratie durable est celui qui investit dans les femmes car elles sont les premiers vecteurs de valeurs et de culture.

A travers ses « forums philanthropie », Banque Degroof Petercam souhaite inspirer à la philanthropie et engager le débat sur des sujets de société grâce au témoignage de personnalités reconnues pour leur action philanthropique.

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