Vendredi 06/12/2019

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Entrepreneuriat social : vecteur d’innovation pour les services publics ?

Head of Philanthropy

La désillusion de nombreux citoyens et le manque de confiance dans les structures étatiques sont un mal grandissant dans nos pays européens. Là où certains se renfrogneront dans un pessimisme ambiant, d’autres se mettent en action. Parmi eux se retrouvent ces entrepreneurs qui prennent en main un problème social souvent complexe et partent à la conquête de la solution.

 


Social Impact Bond

Dans nos pays où les structures existent mais méritent souvent d’être repensées, l’innovation sociale s’est d’ailleurs trouvée un nouvel allié : le SIB (Social Impact Bond). Avec ce système, vous investissez dans une solution pour l’intérêt général en laquelle vous croyez et qui pourrait s’avérer plus efficace et moins coûteuse que le système en place.

Qui dit entrepreneuriat social ne dit cependant pas concurrence aux systèmes publics. Le système du SIB par exemple se conçoit comme un réel partenariat : l’entrepreneur social propose sa solution a un problème souvent détecté par les pouvoirs publics, la teste, cherche des investisseurs pour renforcer et prouver son modèle. Si la solution s’avère en effet plus efficace et moins coûteuse pour l’Etat, ce dernier s’engage à rétribuer une partie des économies réalisées à l’investisseur, combiné à un  « retour sur investissement social » (SROI).  Le service public pourra ensuite décider s’il adopte la solution qui aura déjà fait ses erreurs de jeunesse et sera assez mature pour grandir à l’échelle d’un pays.

Initiatives d’ici...

L’entrepreneur social s’adresse la plupart du temps à des problèmes ancrés dans un système qu’il espère pouvoir muter en prouvant qu’il est possible d’agir autrement. Prenons à titre d’exemple la problématique de l’emploi, défi prioritaire pour de nombreux partis politiques mais pour lequel il est difficile de trouver des solutions.

Les initiatives existent. Avec Actiris à Bruxelles, les entrepreneurs sociaux, à l’initiative de Duo for a Job, mettent en place des duos entre des jeunes chercheurs d’emploi et des « jeunes » retraités pour les aider dans leur recherche professionnelle. L’idée s’avère efficace : sur les 150 duos de l’année 2015, on compte 76 % de sorties positives (CDI, CDD, stage, reprise d’études) et 54 % ont trouvé un emploi dans les 12 mois qui ont suivi le début de l’accompagnement, soit plus du double du taux d’insertion naturel qui est de 22 %.

La serial-entrepreneur sociale anversoise Sihame El Kaouakibi prépare quant à elle une toute nouvelle plateforme de recrutement en ligne pour jeunes talents, la plupart issus de l’immigration, souvent pénalisés par les méthodes de recrutement classiques. Sur le futur site de « Point Urbain », pas de CV mais une vidéo, un pitch personnel et créatif pour montrer son talent et sa motivation pour le job proposé. Elle aussi est séduite par la méthode du SIB, « ce système permet de garder le lien avec les pouvoirs publics d’une part, sans être dépendant, et d’autre part il permet d’attirer des personnes qui croient en votre projet et qui vous connectent au secteur privé. Il nous attelle avec ambition à un problème de société en visant de vrais progrès sociaux. L’entrepreneuriat social devient ici un réel effort collectif, je m’y retrouve totalement ! ».

… et de là-bas

En France, Said Hammouche est l’entrepreneur social derrière Mozaik RH, le premier cabinet de recrutement spécialisé en questions de diversité. « Nous partons des besoins des entreprises, comme tout cabinet de recrutement. Mais notre spécificité est que nous allons chercher les compétences demandées dans un vivier trop souvent oublié, malgré son potentiel : les jeunes diplômés issus des territoires moins favorisés et qui pour plusieurs raisons (manque de réseau, auto-censure...) ne pensent pas pouvoir être éligibles à postuler chez Airbus ou Radio France par exemple. Notre métier est d'être un acteur d'intermédiation entre les entreprises et ces candidats. Côté entreprise, nous les accompagnons dans leur processus de recrutement. Côté candidats, une fois présélectionnés, nous devenons leurs ambassadeurs auprès des recruteurs et dans certains cas nous les coachons en certaines compétences utiles en entretien ».

Un vrai travail d’équipe

Certains s’inquiéteraient de voir un affaiblissement de nos gouvernements et un danger pour nos démocraties dès lors que certaines solutions publiques pourraient se voir financées par des bailleurs de fonds privés. D’autres craignent une financiarisation de ce qui devrait rester par essence non-lucratif. Or, le réel entrepreneuriat social ne peut se passer de travailler étroitement avec une variété d’acteurs, qu’ils soient publics, privés, académiques ou issus de la société civile. Said Hammouche : « Mozaik RH travaille avec l’Etat, les collectivités territoriales, les acteurs civils locaux et les universités pour identifier les jeunes que nous pourrons aider. Nous sommes en contact constant avec les entreprises privées qui nous confient des missions de recrutement et dont 80% refont appel à nous régulièrement, nous avons des donateurs privés qui nous permettent de nous professionnaliser plus rapidement et de recruter des talents dans nos équipes. Enfin, nous nous rendons moins dépendants et plus résilients pour réaliser notre mission en nous autofinançant à 70 %, l’Etat finançant les 30 autres. Notre modèle est vraiment celui de l'économie sociale et solidaire, avec l'hybridation des sources de financement qui permet d'allier performance économique et poursuite de l'intérêt général ».

Chaque partie apportant une solution dans un but d’intérêt général, n’est-ce pas là la quintessence d’une démocratie ?

Fondation d’utilité publique depuis 2008, Degroof Petercam Foundation s’est fixé comme mission l’amélioration de l’enseignement général, technique et professionnel ainsi que la stimulation de l’entrepreneuriat. Degroof Petercam Foundation fait partie des investisseurs dans le premier Social Impact Bond belge pour Duo for a Job. Elle a également décidé de soutenir Mozaïk RH dans son développement d’une antenne à Lille et soutient Sihame El Kaouakibi pour ses projets d’accès à l’emploi à Anvers.

Intéressé(e) d’en savoir plus sur la Fondation ? Vous pouvez contacter Silvia Steisel.

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