Jeudi 13/12/2018

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Denis Mukwege : « La force que j’ai en moi, je la tire de la force des femmes »

Head of Philanthropy

Le Philanthropy Forum de Degroof Petercam avait accueilli le docteur Denis Mukwege en 2016. Récemment co-lauréat du prix Nobel de la paix 2018, nous voulions partager à nouveau avec vous cette rencontre avec un homme d'exception, qui soigne et répare les femmes congolaises victimes des conflits depuis près de quinze ans.

 

La première chose qui frappe lorsqu’on l’entend parler, c’est la douceur de sa voix. Une voix apaisante, rassurante, qui dégage une force tranquille. « Les femmes congolaises ont une capacité d’aimer la vie et une force intérieure bien plus puissante que celle de ceux qui veulent les détruire ». Le docteur Mukwege, chirurgien né au Sud-Kivu dans les années cinquante, sait de quoi il parle : il accueille et répare les femmes mutilées et violées dans les conflits à l’Est de la République Démocratique du Congo à l’hôpital de Panzi, qu’il a fondé. « Je vois arriver des femmes de tous âges, détruites, victimes de viols collectifs. Ces viols, d’une barbarie sans nom, se produisent en public et font des victimes directes, mais aussi indirectes : la femme violée, en plus d’être physiquement meurtrie, se voit souvent rejetée par son mari. Sa famille est disloquée et si elle tombe enceinte, les enfants nés de ces viols sont eux aussi stigmatisés ».

Une arme de guerre
Au-delà de la destruction du tissu social et de la vie familiale, ces situations catastrophiques ont des impacts importants : déplacements massifs de villages, destruction de l’économie en raison des pillages et des vols et réduction démographique à cause des maladies transmises. « Dans de nombreux conflits, les viols sont une arme de guerre, avec le même impact, mais à un moindre coût : détruire, terroriser et prendre le pouvoir. A l’hôpital de Panzi, on prodigue non seulement des soins médicaux, mais aussi une assistance psychologique, juridique et un soutien socio-économique en aidant ces femmes à se réinsérer », précise le docteur.

"Notre objectif :
rendre l’autonomie et la dignité à ces femmes blessées."


Une action exemplaire
La mission du docteur se poursuit bien au-delà des murs de Panzi. Il parcourt aujourd’hui le monde et met ses talents d’orateur au service d’un plaidoyer pour faire reconnaître la violence faite aux femmes comme un crime de guerre à dénoncer, poursuivre et à condamner par les plus hautes autorités. Une activité qui n’est pas pour plaire à chacun, comme en témoigne l’attentat dont il fut victime en 2012 et qui le force aujourd’hui à vivre sous protection constante. Là encore, ce sont les femmes qui lui donnent la force de poursuivre : « Lorsque j’étais réfugié en Belgique et que j’avais renoncé au Congo, ces femmes qui vivent avec moins d’un dollar par jour ont cotisé pour me payer un billet de retour pour Panzi. J’ai alors su que je devais y retourner ». Récipiendaire du prix Sakharov pour la liberté de pensée en 2014 et nommé parmi les 100 personnalités 2016 les plus influentes par le Times Magazine, cet homme  anticonformiste, pour qui « une vie n’a de valeur que quand on peut la consacrer aux autres », se veut optimiste pour l’avenir de ces femmes, devenue grâce à lui de véritables activistes pour la paix.

Etre philanthrope en Afrique
La soirée fut ouverte par Alain Philippson et Véronique Peterbroeck qui partagèrent quelques expériences de leur parcours de philanthropes en Afrique, à travers la fondation Alain et Marie Philippson et la fondation Jean-François Peterbroeck. La première axe son travail sur le soutien des entrepreneurs sociaux locaux en Afrique francophone. La seconde œuvre pour l’enfance en détresse dans les zones de conflits ou en situation d’exclusion, y compris en Afrique, au Congo.  Tous deux insistèrent sur l’importance d’appuyer des solutions locales, portées par des personnes de qualité issues de la communauté même, dans la veine du docteur Mukwege. Ils mirent également en évidence le rôle crucial joué par les femmes et l’importance d’être à l’écoute, en cherchant à comprendre les besoins réels de la population. Pour eux, la philanthropie en Afrique doit avant tout faire preuve d’humilité et d’adaptabilité.

Pour plus d'informations : www.bonnescauses.be
Vous pouvez soutenir les activités du Fonds Dr. Denis Mukwege – Hôpital Panzi en effectuant un don au compte de la Fondation Roi Baudouin:
IBAN: BE 10 0000 0000 0404
BIC: BPOTBEB
(communication : "missions du Professeur Cadière à l'Hopital de Panzi")

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