Mercredi 14/08/2019

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Le dollar peut-il encore baisser ?

Head of Investments

La faiblesse du dollar depuis le début de l’année masque la bonne évolution des bourses mondiales pour l’investisseur dont la devise de base est l’euro. Ainsi, si la bourse américaine a progressé de plus de 12,5 % en dollar, toute la performance est effacée si elle est ramenée en euro. Quelles sont les raisons de cette baisse et quelles perspectives pour le billet vert ces douze prochains mois ?

En novembre 2015, il devint clair que les taux directeurs américains connaîtraient leur première hausse depuis 2006, et qu’en anticipation de cet événement, le dollar s’était sensiblement apprécié par rapport à l’euro. A cette époque, nous avions attiré l’attention sur plusieurs facteurs incitant à la prudence par rapport à une appréciation excessive et continue du dollar.

Depuis, la situation a évolué :

Le dollar s’est déprécié de 13 % par rapport à l’euro suite à plusieurs évènements catalyseurs.

  • Politiques : le manque de réalisation de projets par la Maison Blanche (malgré les promesses) a affaibli le dollar alors que l’accession à la présidence française d’un fervent défenseur du projet européen a renforcé l’euro.
  • Commerciaux : la balance commerciale américaine par rapport à la zone euro est fortement déficitaire. Dès lors, et comme le souligne Bruno Colmant, la tentation doit exister à Washington d’affaiblir davantage le dollar, au détriment de ses partenaires commerciaux qui accumulent des excédents vis-à-vis des Etats-Unis.
  • Monétaires : le marché ne table plus sur un réel resserrement de la politique monétaire aux Etats-Unis alors que les observateurs de la BCE ne parlent plus que de la fin de son plan d’achat d’obligations.

Suite à cette baisse, et selon les modèles de valorisation à long terme (celui de la parité du pouvoir d’achat ou PPP), le dollar reste cher mais il l’est moins qu’il y a deux ans.

Le graphique ci-dessous indique que la différence entre la valeur théorique et la valeur de marché n’est plus que de 15c, soit 40 % de moins qu’en novembre 2015.

D’autres modèles, comme celui de la différence de taux d’intérêt réels, indiquent que les marchés ont déjà largement dépassé la réduction du différentiel de taux entre les Etats-Unis et l’Allemagne à court terme :

Les pressions à la baisse sur le dollar sont donc moins fortes.

Au niveau politique, les événements des prochains mois pourraient aussi venir renverser la vapeur sur les marchés des changes. En Europe, les élections allemandes ce week-end ne feront que confirmer ce que l’on sait déjà – Mme Merkel devrait obtenir un quatrième mandat de chancelière – alors qu’aux Etats-Unis, plus personne ne s’attend à ce qu’un plan quelconque ne sorte de cette administration. Pourtant, une baisse temporaire de l’impôt des sociétés n’est pas impossible avant la fin de l’année et un tel développement serait positif pour le dollar.

Au niveau monétaire, les prochains jours pourraient aussi venir soutenir le dollar puisque la Fed devrait annoncer ce mercredi ses objectifs de réduction de la taille de son bilan.

En résumé, nous pensons que si le dollar reste assez cher dans une perspective historique, il semble s’être suffisamment déprécié à court terme. Une pause et même une consolidation sont à l’ordre du jour. A suivre.

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