Jeudi 09/04/2020

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Et si le risque pour l’investisseur en 2017 était d'ignorer les bourses européennes ?

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Malgré une année 2016 décevante pour les bourses européennes, de nombreuses raisons sont pourtant réunies pour continuer à y investir. Tour d'horizon de ses opportunités par Jérôme van der Bruggen, responsable de la stratégie d'investissement.

Les entreprises européennes se traitent à une décote ! Leur ratio cours-bénéfices attendus est, en moyenne, 17 % inférieur à celui des entreprises américaines. C’est surtout la zone euro qui semble bon marché. Cette même décote y est de 22 %, supérieure à la moyenne des 15 dernières années, reflétant peut-être un doute quant à la viabilité du projet européen. Il est vrai que les cinq dernières années ont clairement fait apparaître les défauts de construction de la zone euro et, pour le moins, tempéré l’enthousiasme pour ce projet. Cela dit, si les débats politiques ne cessent de nous rappeler les risques qui pèsent sur l’Europe, aucune réelle alternative ne se dessine pour l’instant. La seule solution, à ce stade, semble passer par les actions de la Banque centrale, préservant ainsi des taux d’intérêt bas dans la zone euro pour longtemps.

Des entreprises européennes performantes

Si l’on écarte dès lors le contexte politique, quel est le constat ? Les entreprises européennes ne sont pas moins performantes que les entreprises américaines. L’Oréal n’est pas « de moins bonne qualité » qu’Estée Lauder, Royal Dutch qu’Exon Mobil, BMW que Ford. Il n’y a pas si longtemps d’ailleurs (en 2007, c’est-à-dire au pic du cycle précédent), leur marge opérationnelle moyenne (c’est-à-dire pondérée par leur poids au sein des indices) était comparable à celle des entreprises américaines (autour des 10 %). Aujourd’hui cependant, si les entreprises américaines ont à nouveau atteint un pic de profitabilité, en Europe, la marge moyenne est en retard de plus de 2 % par rapport à celle des Etats-Unis. La crise est passée par là.

D’autant que, à y regarder de près, une des raisons importantes de ce retard semble provenir d’une plus grande composante au sein des indices européens d’entreprises actives dans des secteurs délaissés ces dernières années : matières premières et énergie d’une part ; financières d’autre part. Or, en 2017, les choses pourraient bien s’améliorer justement pour ces secteurs, à un moment où la base de comparaison est faible.

Matières premières et énergie

Voyons d’abord, les entreprises des secteurs de l’énergie et des matériaux, qui représentent ensemble plus de 15 % des indices européens. Ces entreprises ont vu leurs bénéfices fondre suite à la baisse des cours du pétrole et des matières premières ces dernières années. Aujourd’hui, ces cours se sont stabilisés et la plupart ont repris une trajectoire haussière. Ainsi, après avoir touché un point bas en février 2016 à 28 dollars, le cours du pétrole (Brent) se traite désormais à 56 dollars et pourrait atteindre, selon nos estimations, 70 dollars au cours de l’année 2018. Si l’on extrapole de telles estimations à l’ensemble des cours des matières premières (intimement lié à l’économie chinoise et plus particulièrement à sa politique en matière d’investissement) on peut logiquement prédire un rebond des bénéfices des entreprises actives dans ces secteurs.

Secteur financier

Examinons ensuite le secteur financier, qui représente près de 20 % des indices boursiers européens. La rentabilité de ce secteur est mise à mal par les difficultés rencontrées dans la transmission des taux négatifs aux agents économiques et par la faible pentification de la courbe pénalisant l’activité de transformation. Or, depuis le mois de juillet 2016, les taux d’intérêt à long terme remontent et la courbe se repentifie. Aux Etats-Unis, le taux à 10 ans est passé de 1,5 % à 2,5 %. En Europe et au Japon, ce même taux est repassé en territoire positif et nous pensons qu’il est peu probable qu’il retourne durablement sous la barre des 0 %. Les cours de bourse des banques et des sociétés d’assurance se sont stabilisés sur fond de perspectives moins négatives qu’initialement escomptées. Même si nous ne nous attendons pas à une hausse soutenue des taux longs, la situation actuelle (taux d’intérêt en légère hausse) offre un bol d’oxygène au secteur qui avait été mis sous forte pression au cours du premier semestre 2016.

Une large décote, des entreprises de qualité, une année qui pourrait favoriser des entreprises largement représentées dans les indices si les cours des matières premières continuent de se stabiliser et si les taux longs montent légèrement : en 2017, le risque pour l’investisseur pourrait bien être d’ignorer les bourses européennes.

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