Jeudi 09/04/2020

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Le secteur pharmaceutique doit-il craindre Donald et Hillary ?

Healthcare Equity Analyst

Le 8 novembre, les Américains éliront leur prochain président. Souvent incriminés les années d’élection, les dépenses en soins de santé et le prix des médicaments ont été sous le feu des projecteurs de la campagne électorale.

Bien que les médicaments soumis à prescription ne représentent pas la majeure partie des dépenses américaines en soins de santé, ils constituent une cible politique facile dans un pays où les prix peuvent être 50 % plus élevés qu’en Europe. La tarification en vigueur aux États-Unis est un moteur de croissance important pour le secteur pharmaceutique, et toute menace à ce sujet tend à lui porter préjudice, comme l’ont montré les mauvaises performances boursières des derniers mois.  

ACA : stop ou encore ?

Les deux candidats à la présidence dénoncent les prix élevés des médicaments, mais préconisent des moyens différents pour atteindre leur but. Alors qu’Hillary Clinton aimerait étendre l’actuel système de soins de santé, mis en place dans la loi de 2010 appelée l’Affordable Care Act (ACA), et prône des prix basés sur l’innovation, Donald Trump a déclaré son intention d’abroger l’ACA dès le 1er jour de son mandat. Nous croyons malgré tout que, bien qu’ils fassent l’objet d’une certaine attention, les prix des produits pharmaceutiques ne seront pas une priorité pour la présidence de Donald Trump. La mesure la plus plausible d’Hillary Clinton consisterait à accorder des réductions aux personnes dites « dual eligible » (doublement admissibles), c’est-à-dire âgées et à faibles revenus, ou aux jeunes souffrant d’incapacités. Nous prévoyons l’impact d’une telle mesure à environ 3 % des revenus du secteur. Hillary Clinton souhaite également étendre la couverture santé aux plus jeunes et permettre au gouvernement de négocier certains prix directement avec les entreprises pharmaceutiques. Si elles sont mises en œuvre, ces mesures auront un impact négatif sur les revenus des entreprises pharmaceutiques les plus exposées aux projets gouvernementaux. Il convient néanmoins de souligner que, par le passé, de nombreuses propositions ciblant les prix élevés des médicaments ne sont pas parvenues à obtenir le soutien du Congrès. Nous estimons que toute modification significative nécessitera une entente entre le Président, la Chambre et le Sénat, ce qui semble improbable pour le moment.

Outre les discours habituels à ce propos en période électorale, l’environnement tarifaire a changé aux États-Unis. C’est un fait. Les bénéfices du troisième trimestre ont montré que les inquiétudes concernant les coûts des soins de santé ont mis le secteur pharmaceutique sous pression. Les barèmes n’augmentent plus et les prix sont de plus en plus soumis à la concurrence dans certaines catégories thérapeutiques particulières. Les médicaments traitant le diabète ont été particulièrement touchés.

Quelle thérapie et à quel prix ?

La question aujourd’hui est : quelle sera la prochaine catégorie thérapeutique visée ? L’attention se concentre actuellement sur les médicaments spécialisés. Généralement, ces thérapies répondent à un besoin majeur au sein d’une communauté de patients confrontés à des désagréments importants liés à la maladie et au manque de traitements alternatifs. Comme ils incarnent une amélioration substantielle du traitement existant, ces médicaments peuvent se vendre très cher. Une des prochaines cibles possibles est l’oncologie, étant donné qu’elle est la catégorie la plus chère et que la concurrence augmente dans ce segment. Néanmoins, vu la nature critique de la maladie et les différents mécanismes d’actions, nous pensons qu’il sera difficile pour les payeurs de restreindre l’accès à ces produits. Une autre cible possible est l’hémophilie. La hausse des coûts liés à cette maladie a récemment fait l’objet de certains commentaires suite au lancement de plusieurs nouveaux remèdes. Nous pensons cependant que, en dépit de l’augmentation du coût unitaire, le coût total des soins restera inchangé malgré ces nouveaux médicaments et nous voyons mal les payeurs réduire leur accessibilité vu les risques qu’implique un changement de thérapie en cas d’hémophilie, ce qui pourrait se révéler finalement plus coûteux pour eux. L’un dans l’autre, les risques au niveau des prix existent surtout dans des domaines où les maladies sont asymptomatiques et non progressives, où les résultats peuvent être évalués facilement et de manière fiable et où il existe plusieurs alternatives au profil similaire.

Une chose est certaine, la pression sur les prix n’affecte pas toutes les entreprises de la même manière et nous devons éviter d’extrapoler une situation à une autre. Nous pensons que les difficultés au niveau des prix se reflètent de plus en plus dans les multiples du secteur pharmaceutique et notre opinion concernant ses fondamentaux reste constructive. Les payeurs continuent à apprécier les médicaments différenciés et innovants. Nous croyons fermement que ces entreprises, qui font preuve d’innovation, seront à même de réaliser un bénéfice convenable sur leur R&D.

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