Dimanche 16/06/2019

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Brexit : un risque réel et des craintes croissantes

Chief Economist

En 2013, le Premier ministre David Cameron promettait de renégocier des conditions plus favorables pour rester dans l’UE et d’en soumettre ensuite le résultat aux citoyens britanniques dans le cadre d’un référendum. Celui-ci pourrait déjà avoir lieu en juin ou en juillet. En cas de Brexit (sortie de l'UE), quels seraient les enjeux et l'impact économique ? Eléments de réponse par Hans Bevers.

Voici trois ans exactement, le Premier ministre David Cameron promettait de renégocier des conditions plus favorables pour rester dans l’UE et d’en soumettre ensuite le résultat aux citoyens britanniques dans le cadre d’un référendum. En théorie, celui-ci peut avoir lieu n’importe quand jusque fin 2017, mais Cameron semble vouloir aller plus vite. La prochaine réunion du Conseil européen (les 18 et 19 février) sera importante à cet égard. Un accord avec d’autres États membres de l’UE permettrait à Cameron de lancer immédiatement une campagne pour maintenir le Royaume-Uni au sein de l’UE et d’organiser déjà le référendum en juin ou juillet.

Les derniers sondages à ce sujet laissent apparaître une (petite) majorité pour le camp du oui à une sortie de l’UE, mais le résultat final dépendra avant tout de ce que le Royaume-Uni pourra retirer des négociations en matière de gouvernance économique, de compétitivité, d’immigration et de souveraineté. Les revendications britanniques dans ces domaines sont loin d’être anodines et il y a peu de chances que les responsables européens les acceptent facilement. Dans le même temps, Cameron veut probablement montrer qu’il n’a pas fait de cadeaux pour éviter d’être accusé de ne pas avoir demandé beaucoup dans un premier temps. Par conséquent, le débat devrait encore s’intensifier dans les mois et les semaines à venir.

Un équilibre délicat
L’appareil et la réglementation européens sont largement perçus comme coûteux et inefficaces et les récentes crises de la zone euro et des réfugiés, de même que les perspectives imprévisibles à long terme pour le projet européen ont douché encore un peu plus l’enthousiasme pour une présence au sein de l’UE. Cela étant dit, le Royaume-Uni ne veut pas non plus en être totalement exclu. Après tout, l’accès au marché unique est important pour le Royaume-Uni, l’UE représentant plus de 50% de ses échanges commerciaux. Ce délicat équilibre se reflète dans le recours intensif aux "droits de non-participation" négociés au fil des années par le Royaume-Uni, comme l’exclusion de la livre du mécanisme de change (MCE), une condition préalable à l’adoption de l’euro, en 1978 et la non-adoption de l’accord Schengen en 1995. L’immigration représente un thème important. Le Royaume-Uni aimerait un contrôle du nombre des migrants au sein de l’UE ou une limitation des prestations sociales (comme les crédits d’impôt), mais de telles demandes apparaissent très difficiles à accepter pour l’UE.

Impact non-négligeable
L’impact macroéconomique global d’un Brexit est difficile à quantifier en raison de la présence de plusieurs inconnues et de modèles macroéconomiques incapables d’identifier les différents canaux par lesquels un Brexit toucherait l’économie. La plupart des études, toutefois, estiment que l’impact sur le Royaume-Uni serait négatif et important, les scénarios les plus pessimistes indiquant une perte permanente de plus de 10 % du PIB. L’impact direct sur l’activité économique européenne serait lui moins important. Cela étant dit, l’atteinte à la réputation serait sérieuse et ne ferait qu’ajouter des défis à ce qui apparaît déjà comme un projet européen de plus en plus fragile.

Selon certains observateurs, l’image pessimiste donnée par certains sondages doit être prise avec la plus grande prudence après le fiasco des sondages lors des élections de 2015. Ils disent aussi que la campagne de Cameron avant le référendum parviendra à convaincre la majorité des citoyens britanniques de rester membres de l’UE. Tout cela parce qu’un vote en faveur d’une sortie constituerait un immense saut dans l’inconnu. Nous aurions tendance à être du même avis. Néanmoins, les prochaines négociations s’annoncent difficiles, avec de grands enjeux. Les risques restent grands et la gestion de la crise des réfugiés dans les prochains mois pourrait représenter un facteur important. Dans ces conditions, les risques de baisse de la livre sterling subsistent.

Une analyse de Hans Bevers, Chief Economist et Michiel Verstrepen, Economist.

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