Mardi 18/02/2020

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Pétrole brut : niveau d’alerte maximal !

Fundamental Equity Buy Side Analyst Technology, Media, Telecom Europe

Ces dix-huit derniers mois ont assurément été très compliqués pour les cours du pétrole. Nous savons que le pétrole brut est un actif qui connaît des hauts et des bas et il ne fait aucun doute que nous nous trouvons actuellement dans la phase baissière du cycle. La question-clé est dès lors la suivante : faut-il craindre une nouvelle pression sur les cours du brut ou avons-nous enfin touché le fond du cycle ?

Notre réponse à cette question n’est malheureusement pas aussi tranchée que nous le voudrions. Mais ce qui est clair pour nous, c’est qu’un cours sous la barre des 40 USD n’est pas raisonnable car le secteur ne peut pas opérer dans un tel environnement de prix et ne peut pas, dans ces conditions, investir pour l’avenir.

Quoi qu’il en soit, 2016 devrait selon nous être une année en deux temps. Les projections de l’AIE (Agence internationale de l’énergie) montrent ainsi que nous devrions d’abord observer la traditionnelle faiblesse de la demande durant la première partie de l’année. Cela devrait en outre coïncider avec la levée des sanctions sur l’Iran, ce qui devrait alors booster la production du pays. En vertu de ces deux événements, nous ne prévoyons pas de réduction de l’excédent d’offre au cours des deux premiers trimestres et les réserves devraient continuer à augmenter au même rythme qu’actuellement.

Sauf risques extrêmes (événement géopolitique, Libye doublant soudainement sa production ou effondrement de la demande mondiale), le point d’inflexion devrait se matérialiser dans le courant du troisième trimestre avec une augmentation sensible du recours à l’OPEP en vertu du déclin de la production hors OPEP et de la croissance de la demande. L’offre totale de pétrole devrait certes toujours dépasser la demande globale jusqu’en 2017, mais cela devrait aussi marquer un tournant dans le processus de rééquilibrage.

Source : AIE, Rapport sur le pétrole (Différence entre offre de l’OPEP et recours à l’OPEP & cours du pétrole).

Notre vision à moyen terme quant à l’évolution des cours du baril reste toutefois positive dans la mesure où nous commençons à observer plusieurs facteurs favorables :

  • L’année 2015 a été marquée par une réduction de plus de 20 % des investissements dans le secteur pétrolier, l’activité de développement évoluant à 20 % seulement du niveau d’une année normale. Au vu des indications actuelles pour l’année à venir, le secteur semble bien préparé pour revivre une telle contraction en 2016. Un manque de nouveaux projets qui aura plus que probablement un impact important sur l’offre hors OPEP et États-Unis à partir de 2017-18.
  • Le secteur a aussi coupé radicalement dans ses dépenses dans les infrastructures existantes (brownfield) avec une réduction de plus de 20 % dans le forage intercalaire dans le monde selon le consultant Rystad Energy. Pareilles coupes devraient toucher le secteur plus rapidement à travers une accélération du taux de déclin de la production des gisements matures.
  • La production de pétrole de schiste aux États-Unis a atteint un pic au deuxième trimestre 2015 et est à présent en recul. Cette tendance devrait se poursuivre en 2016, l’ampleur du déclin dépendant toutefois de l’utilisation des fracklogs[1] par les opérateurs américains.
  • Malgré la vision largement répandue selon laquelle les sociétés pétrolières américaines sont devenues les producteurs d’appoint du marché, il faudra bien plus de temps que généralement admis pour changer le cap de production une fois que le niveau d’activité aux États-Unis se relèvera et ce redressement pourrait ramener de l’inflation dans le système.
  • De plus, le pétrole de schiste ne doit être considéré comme la source d’offre marginale qu’au sens temporel, la majorité du pétrole de schiste se trouvant au milieu de la courbe de coûts. Avec le temps, d’autres types de production s’ajusteront (les compagnies pétrolières doivent tenir compte du coût des investissements dans de nouveaux puits de forage et les plateformes existantes), et le poids de l’ajustement devrait passer progressivement du pétrole de schiste à d’autres formes de production plus haut sur la courbe de coûts.
  • Un autre point important est la différence entre la rentabilité des puits dans l’industrie du pétrole de schiste et les capacités financières des sociétés pour financer leurs activités vu l’allongement de la période d’amortissement dans un environnement de baisse des cours du brut.

Même s’il dispose d’importantes ressources avec un niveau d’équilibre inférieur à 60 USD pour stopper le déclin de la production aux États-Unis, le secteur aurait besoin d’un cours du brut entre 65 et 70 USD selon le rapport de l’AIE sur la productivité des forages. Et si, en plus de cela, le secteur pétrolier doit être capable de progresser de plus de 600 000 barils/jour par an, le prix nécessaire du pétrole brut sera encore bien au-delà de cette fourchette.

Globalement, les prochains trimestres resteront incertains et la volatilité restera présente avec les publications hebdomadaires de statistiques. Cela étant dit, de nombreux facteurs laissent présager une vraie amélioration des fondamentaux pour les matières premières, ce qui devrait être positif pour les cours du pétrole.


[1] Fracklogs : puits déjà forés mais pas encore prêts pour une mise en production.

 

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