Jeudi 19/09/2019

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État des lieux de l’économie mondiale

Chief Economist

Bourses qui vacillent et cours des matières premières au plus bas depuis 1999 attisent les doutes sur la solidité de l’économie mondiale. Dans le même temps, les indicateurs de confiance montrent des signes d’hésitation. Que va-t-il dès lors se passer à présent ? Par Hans Bevers.

Tout le monde semble se focaliser sur la Chine comme étant la principale coupable. Alors certes, comme nous l’écrivions la semaine dernière, la Chine éprouve quelques difficultés à gérer cette délicate transition vers une économie fondée davantage sur la consommation domestique. Croire qu’il s’agit là de la seule raison serait toutefois trop facile. Après tout, les récentes données économiques en provenance de Chine n’ont pas vraiment déçu. De plus, plusieurs signes montrent que les mesures de relance prises par les autorités chinoises depuis fin 2014 commencent à avoir un effet stabilisateur sur l’activité économique, même si la tendance baissière à long terme reste en place.

Il est clair que plus de sept ans après le début de la Grande Récession, le monde se débat toujours avec ses conséquences et ce, malgré des taux d’intérêt d’une faiblesse record et un recours massif à la planche à billets par les banques centrales. Que va-t-il dès lors se passer à présent ? Comme l’a dit le physicien danois Niels Bohr : “Faire des prédictions est toujours très difficile, surtout pour le futur”. Ou, pour reprendre les mots de l’économiste américain Solomon : “La seule fonction des prévisions économiques est de rendre l’astrologie respectable”. Nous aimons aussi cette citation, toujours de JK Galbraith : “Les économistes ne font pas des prévisions parce qu’ils savent, mais parce qu’on leur demande”.

Comme expliqué la semaine dernière, nous ne sommes pas plus inquiets aujourd’hui au sujet de l’économie chinoise que nous ne l’étions déjà. De même, la nouvelle chute des cours du pétrole peut s’expliquer largement du point de vue de l’offre. Il s’agit ainsi plus d’une conséquence de la surabondance actuelle de pétrole que d’un symptôme d’une catastrophe économique imminente. Nous ne sommes pas non plus très inquiets quant à un changement sensible de politique monétaire. Malgré un premier relèvement des taux par la Fed fin décembre 2015, la politique monétaire devrait ainsi rester très accommodante, même si des mesures non conventionnelles, comme l’assouplissement quantitatif, ne sont pas la panacée lorsque les taux sont proches voire légèrement en dessous de zéro, le fameux liquidity trap ou trappe à liquidité. Avec la modeste croissance économique actuelle et le surendettement mondial, viser explicitement un resserrement des conditions de liquidité constituerait une réelle erreur politique. Cela étant dit, le débat qui semble actuellement se faire jour au sein de la BCE entre faucons et colombes de l’inflation laisse entendre que les attentes de nouvelles mesures de relance doivent être tempérées. Nous confirmons donc notre vision selon laquelle la BCE n’aura pas la tâche facile pour atteindre son objectif d’inflation proche de 2 %. Sans compter que plusieurs risques politiques importants existent. D’un point de vue plus encourageant, pour le moment du moins, les derniers indicateurs de confiance pour l’économie de la zone euro laissent augurer une poursuite de la reprise, à un rythme certes modeste malgré les vents favorables actuels.

Les indicateurs avancés aux États-Unis, par contre, montrent un ralentissement significatif et demandent dès lors une certaine attention. Les prévisions d’une croissance proche de 2,5 %, comme le projettent actuellement le FMI, l’OCDE et la Commission européenne par exemple, semblent donc trop optimistes. À 1,8 %, nos projections sont inférieures à 2 %, un niveau qui correspond à la plupart des estimations de croissance pour l’économie américaine. Et les risques à la baisse l’emportent. Une minorité d’observateurs pensent même que les États-Unis vont rapidement retomber en récession. Nous n’irions pas (encore) jusque-là dans la mesure où les dépenses des consommateurs sont soutenues par la grande faiblesse des prix de l’énergie et la reprise sur les marchés de l’immobilier et du travail.

D’un autre côté, avec des taux d’intérêt réels à court terme toujours en dessous de zéro, ce rythme très modeste de reprise économique indique aussi que le risque de stagnation ne sera pas forcément si facile à écarter. Après tout, une longue tendance à la baisse des taux d’intérêt réels a déjà été observée avant même 2008, malgré des décennies de hausse constante du levier d’endettement et de données démographiques positives. Or, ces vents favorables ne seront plus avec nous dans les années à venir, signe que les conditions d’un liquidity trap mondial pourraient nous accompagner encore longtemps. À plus long terme, les récents progrès technologiques dans de nombreux domaines constituent une raison d’être relativement optimiste. Seulement, personne ne connaît exactement la vitesse du processus d’automatisation et des progrès technologiques, et encore moins les effets sur les prix, l’emploi et les inégalités. En effet, comme cela a été dit ci-avant, l’avenir est incertain.

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