Mercredi 26/06/2019

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Chine : marchés financiers ébranlés, scénario économique inchangé

Chief Economist

Les bourses internationales ont souffert, en ce début d’année, d’une nouvelle vague d’inquiétudes au sujet de la Chine. Certes, il est largement admis qu’une grave crise économique en Chine représentera à nouveau le principal risque en 2016. Cela étant dit, il est aussi important de se pencher plus attentivement sur ce qui se passe réellement. Par Hans Bevers, Chief Economist.

Contrairement à ce que beaucoup d’investisseurs semblent croire pour le moment, la chute des actions et la pression sur le yuan nous en disent très peu sur la situation économique sous-jacente. En réalité, les indicateurs de confiance et les données économiques de ces derniers mois montrent que les diverses mesures de relance commencent à avoir un effet stabilisateur sur l’économie chinoise. Par conséquent, notre scénario selon lequel il n’y aura pas d’atterrissage brutal dans le cadre de la difficile stratégie de rééquilibrage économique reste valable.

Comment expliquer dès lors la dégringolade des bourses chinoises et la dépréciation du yuan ? L’explication la plus probable est l’anticipation de la levée de l’interdiction imposée aux grands actionnaires de vendre leurs actions (introduite mi-2015 quand les marchés financiers chinois s’étaient effondrés à la suite d’une bulle spéculative) ; ce qui a provoqué une vague de ventes massives par les petits investisseurs redoutant alors une nouvelle baisse des cours. Un nouveau système de coupe-circuit semble de plus avoir exacerbé la situation, les investisseurs se ruant vers la sortie avant la décision de fermer les marchés pour cause de baisse trop rapide des cours. De toute évidence, la Chine a encore du chemin à parcourir avant de disposer d’un système financier sain. Si vous pensez que les cours des actions en Occident sont fortement tributaires des changements d’humeur des investisseurs, investir sur les bourses chinoises s’apparente alors presque à jouer au casino. Dans le même temps, comme relativement peu de citoyens chinois détiennent des actions, le récent krach boursier n’aura pas non plus un impact significatif sur la consommation domestique.

Tout ceci a aussi pesé sur le yuan mais en ce qui concerne ce dernier, la principale explication réside dans le fait que les autorités ont encore pris des mesures dans le courant du deuxième semestre 2015 pour relâcher l’arrimage de leur devise au dollar américain. Le yuan a ainsi désormais perdu plus de 5% par rapport au dollar depuis l’été dernier, retrouvant un niveau proche de celui qui était le sien voici cinq ans. Selon certains observateurs, le pays serait entré dans une guerre des devises pour soutenir la croissance économique à travers une stimulation des exportations et la dépréciation serait loin d’être terminée. Cela revient toutefois selon nous à ignorer deux points essentiels. Pour commencer, le yuan est aussi resté largement stable par rapport à un large panier de devises l’an dernier. Et plus important encore, sur les cinq dernières années, le yuan s’est apprécié de plus de 25% par rapport aux devises de ses principaux partenaires commerciaux. Parler de guerre des devises nous apparaît donc largement exagéré. À terme, le risque d’une forte baisse du yuan reste selon nous contenu. Les chances de voir la devise céder encore du terrain par rapport au dollar américain sont certes réelles, mais les importantes réserves de change laissent aussi supposer que toute dépréciation par rapport au dollar ne se fera que progressivement. Comme déjà expliqué, les autorités gèrent de plus en plus leur devise par rapport à un large éventail de devises, ce qui fait bien sûr totalement sens d’un point de vue économique. En effet, cela correspond parfaitement au rééquilibrage indispensable de l’économie et à l’ouverture progressive des comptes de capitaux. De ce point de vue, le yuan devrait selon nous rester relativement stable à court terme.

En conclusion, la récente agitation sur les marchés financiers chinois et ailleurs ne doit vraisemblablement pas être vue comme le signe avant-coureur d’un nouveau fléchissement économique. Certes, les derniers indicateurs de confiance sont restés légèrement inférieurs aux attentes, mais cela ne peut pas expliquer la tempête sur les marchés financiers. Les données des derniers mois suggèrent que les mesures de relance commencent à produire leur effet et que l’activité économique se stabilise. Comme c’est le cas chaque année, le prochain Nouvel an chinois rendra l’interprétation des données pour janvier et février bien plus difficile. Cela signifie donc que nous pourrions devoir attendre mars ou avril avant d’avoir une idée plus précise. Ceux qui pensent que l’économie chinoise rebondira rapidement risquent d’être déçus. Ceux qui pensent que la croissance va continuer à ralentir ces prochaines années auront probablement raison. Et c’est ce que nous pensons depuis plusieurs années maintenant. Le rééquilibrage de l’économie est difficile, mais les mesures de relance et les options disponibles devraient aider l’économie chinoise à se comporter relativement bien en 2016, même si les bourses chinoises pourraient encore traverser quelques zones de turbulences.

 

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