Lundi 21/10/2019

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La hausse des taux par la Fed signifie-t-elle la hausse du dollar ?

Chief Economist

À l’approche du premier relèvement des taux par la Fed depuis 2006 et dans la perspective de l’annonce de nouvelles mesures de relance par la BCE en décembre, nombreux sont les observateurs qui estiment sans surprise que le dollar ne pourra que s’apprécier. Peut-être ont-ils raison. Mais pas forcément. Plusieurs raisons doivent en effet nous inciter à rester prudents par rapport à une éventuelle appréciation du dollar.

 

Le billet vert a progressé sensiblement par rapport à la quasi-totalité des devises depuis l’été 2014 (environ 18 % en termes de taux de change effectifs nominaux). Par rapport au yen et à l’euro, le gain a par exemple été respectivement de 16 et 20 % environ. Si le dollar devait encore s’apprécier, les problèmes économiques ne feraient que s’accentuer pour de nombreux pays émergents où les gouvernements et entreprises ont contracté d’importantes dettes en USD. Bien sûr, le fait que cela ne serait pas bienvenu ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de hausse du dollar.

Néanmoins, nous ne sommes pas convaincus que cela se produira pour plusieurs raisons :

1. Tout ou presque est déjà intégré dans les cours. La figure 1, par exemple, montre que les marchés financiers ont déjà largement anticipé la divergence de politique monétaire entre la Fed et la BCE.

2. Le dollar est déjà cher par rapport à l’euro. Selon la parité du pouvoir d’achat (PPP), une méthode d’évaluation à long terme, le dollar commence à devenir cher (graphique 2).

3. D’autres éléments jouent aussi un rôle. À 3% du PIB, la balance en compte courant actuelle de la zone euro est clairement positive, alors que les États-Unis affichent un déficit d’environ 2,5 %. Les perspectives cycliques de bénéfices des entreprises pour la zone euro montrent du reste une amélioration, alors que les États-Unis font plutôt face à des vents contraires.

4. Perspective historique. Lors des cycles de resserrement entamés début 1994 et mi-2004, le dollar s’est chaque fois renforcé sensiblement à l’approche de la première hausse des taux avant de fléchir par rapport à ses principaux partenaires commerciaux et est resté, dans les années qui ont suivi, en dessous de son niveau au moment de la première hausse des taux.

Certes, les performances du passé ne constituent pas une garantie de résultats futurs. Mais dans le même temps, cela signifie qu’une appréciation du dollar est loin d’être certaine quand la Fed commencera à resserrer sa politique monétaire. Malgré les risques de hausse du dollar, la majeure partie de l’appréciation semble en effet aujourd’hui derrière nous et une hausse du rapport USD/EUR n’est pas forcément acquise.

Tout ou presque est déjà intégré dans le rapport USD/EUR et les méthodes d’évaluation à long terme suggèrent un dollar cher.

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