Lundi 20/05/2019

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Enjeux économiques d'aujourd'hui : "L'euro est une monnaie fiable" (IV)

Head of Macro Research

L'argent a pris de nombreuses formes au cours de l'histoire. Bruno Colmant l'explique dans le livre "Enjeux économiques d'aujourd'hui - Analyses des fondements", écrit avec trois autres économistes de Degroof Petercam: Alexandre Gauthy, Michiel Verstrepen et Hans Bevers.

 

Dans une époque de défiance vis-à-vis des politiques et des institutions, peut-on encore avoir confiance dans la monnaie ?

Oui, car la monnaie est l’expression de la confiance en l’État. Tout repose sur la conviction collective que l’État va garantir son pouvoir d’achat. Si ce n’est pas le cas, alors la monnaie meurt et c’est l’hyperinflation. Aujourd’hui, les principales monnaies sont très fiables et l’euro est d’autant plus garanti qu’il regroupe plusieurs pays. Ceux qui s’inquiéteraient du départ d’un pays de la zone euro se trompent : si cela arrivait, et ce n’est bien sûr jamais exclu, cela entraînerait un désordre plus important que les inconvénients de l’euro lui-même.

L’euro a fêté ses vingt ans le 1er janvier. Quel est le bilan de la monnaie unique européenne ?

L’euro fut et reste un projet politique d’une ambition inouïe. Il est devenu le symbole qui scelle la liberté de circulation des personnes, biens, services et capitaux. Le projet portait en lui les convictions de ses fondateurs : la paix en Europe, le déploiement des flux de commerce, la crédibilité européenne à l’échelle mondiale et surtout l’émergence d’une identité européenne. Mais c’est une monnaie moyenne, c’est-à dire trop faible pour les pays du Nord et trop forte pour les pays du Sud. L’homogénéité n’est donc pas assurée. L’autre problème est l’importance des dettes publiques qui a obligé la BCE à les refinancer par la création monétaire.

Que pensez-vous des cryptomonnaies ?

Ce sont des phénomènes monétaires incontestables qui s’inscrivent dans l’économie de réseaux créés par Internet. C’est une forme monétaire innovatrice même si elle est spéculative et volatile. Certains s’en moquent, mais ils n’ont rien compris car, un jour, des gouvernements pourraient lancer des cryptomonnaies d’État. À ce moment-là, elles ne seraient plus « crypto » puisque « crypto » signifie occulte. Il est compréhensible qu’à ce stade, les États en limitent l’utilisation car ils veulent conserver leur monopole de battre monnaie. Ce sont donc des monnaies, mais qui n’ont pas de cours légal.

 

Avec l'aimable autorisation de Trends-Tendances (article publié dans l'édition du jeudi 28 février 2019).

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