Dimanche 20/10/2019

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Enjeux économiques d'aujourd'hui : « Il faut plus d’Europe » (III)

Chief Economist

Dans "Enjeux économiques d'aujourd'hui - Analyses des fondements", Hans Bevers examine l'histoire européenne et le rôle joué par la Belgique à cet égard. Rédigé avec trois autres économistes de Degroof Petercam (Alexandre Gauthy, Bruno Colmant et Hans Bevers), cet ouvrage paraîtra le 28 février. Découvrez la troisième partie de notre expert Hans Bevers.

Le modèle belge peut-il convenir à l’Europe ?

Étant donné les nombreuses tensions et contrariétés, nous pouvons difficilement parler d’une réussite univoque de la Belgique. Avant de pouvoir servir de schéma directeur pour l’Europe, le modèle belge a encore un long chemin à parcourir. Ce que le pays va pouvoir accomplir en ce sens est important pour l’avenir de l’Europe. Pour reprendre les mots de l’historien britannico-américain Tony Judt : « La Belgique est importante, et pas seulement pour les Belges ». Actuellement, nous ne pouvons pas réellement parler d’une Europe résolue. La politique est trop fragmentée. La zone euro ne jouit pas d’une union politique forte. Le concept d’États-Unis d’Europe n’est assurément pas réaliste , mais il nous faut un socle fédéral plus solide avec un budget européen plus conséquent.

Les politiques et les citoyens n’ont-ils pas un comportement plutôt national ?

C’est certain. Nous nous sentons d’abord belges, néerlandais ou italiens... Et cela ne va vraisemblablement pas changer du jour au lendemain. De plus, la confiance dans le projet européen a été grandement ébranlée.
Au plus fort de la crise de l’euro en 2011 et de la crise des réfugiés en 2015, moins d’un tiers des citoyens européens avaient encore confiance dans l’UE, un contraste saisissant avec les chiffres d’avant la crise où ils étaient plus de 50 %. Leur nombre a depuis remonté et s’élève à plus de 40 %. Cela reste peu, très certainement, mais il convient de nuancer ce résultat. Ce chiffre est par exemple globalement plus élevé que celui de la confiance dans les décideurs politiques au niveau national (35 % en moyenne).

Le marché intérieur européen est-il suffisamment uni ?

Certainement pas. Spotify est parvenu plus facilement à conquérir l’Europe depuis les États-Unis plutôt que depuis son pays d’origine, la Suède, en raison des 28 autorités de surveillance. Les entreprises ne peuvent pas s’introduire en Bourse en Belgique et dans un autre État membre de l’UE sans devoir remplir une tonne de paperasse. Le marché intérieur de services et de capitaux est insuffisant, l’union bancaire n’est pas parfaite, le marché des capitaux encore moins. Toutefois, des progrès ont bel et bien été réalisés. Par exemple, notre abonnement Netflix ne s'arrête plus à la frontière. Cependant, l’Occident a d’autres chats à fouetter, surtout en ce qui concerne l’intelligence artificielle, domaine dans lequel l’Europe menace de louper le coche. De plus, le taux zéro actuel signifie que la politique monétaire connaît très peu de marge pour lutter contre la prochaine récession. Du côté budgétaire, il y a plus de marge, mais reste à savoir si les leçons récentes ont été tirées. Économiser par temps de crise n’est pas toujours vu d’un bon oeil par la population.

 

Avec l'aimable autorisation de Trends-Tendances (article publié dans l'édition du jeudi 21 février 2019).

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