Jeudi 05/12/2019

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Quel est le niveau de l’enseignement belge ?

En ce jour de rentrée scolaire, les économistes de Degroof Petercam examinent les performances et les défis de l’enseignement belge.

 

 

 

L’importance du système d’enseignement d’un pays ne peut être sous-estimée. James Heckman, économiste américain et lauréat du Prix Nobel, conseille de préparer les enfants à l’enseignement et au marché de l’emploi dès le plus jeune âge.
L’investissement dans l’enseignement, en particulier pour les jeunes enfants, semble constituer l’une des mesures les plus rentables pour favoriser la croissance économique à long terme. Quelles sont les performances de la Belgique sur ce plan ? Dans notre pays, l’enseignement est une compétence communautaire et les résultats des études compara- tives révèlent des disparités régionales considérables. Dans ce chapitre, nous examinons successivement les performances de l’enseignement belge sur la base d’une étude importante, les défis des différentes régions et certains points d’attention à prendre en compte pour notre pays.

PISA : les aptitudes essentielles

L’OCDE a lancé une évaluation triennale de l’enseignement chez les jeunes de 15 ans afin de posséder des données comparables au niveau international. Ce test est devenu la référence internationale dans le domaine de l’évaluation de la qualité, de l’équité et de l’efficacité du système d’enseignement. L’étude PISA (Programme for International Student Assessment) évalue dans quelle mesure des jeunes de 15 ans ont acquis les compétences essentielles à une intégration totale dans l’économie moderne et porte sur trois critères fondamentaux : la lecture, les mathématiques et les connaissances scientifiques. L’étude la plus récente (2015) révèle que la Belgique obtient des résultats honorables. Les disparités entre l’enseignement flamand et l’enseignement francophone sont toutefois frappantes. La Flandre obtient de meilleurs résultats que la moyenne des pays voisins et la moyenne de l’OCDE dans les trois domaines. En revanche, la Fédération Wallonie-Bruxelles fait moins bien que la moyenne de l’OCDE dans les trois domaines. Quant aux résultats de la Communauté germanophone, ils sont comparables aux moyennes des pays voisins.

Défis régionaux

Le score moyen supérieur des jeunes Flamands dissimule d’importantes disparités sous-jacentes. L’écart entre les élèves forts et les élèves faibles en Flandre est sensiblement supérieur à l’écart moyen des pays de l’OCDE. En outre, les performances pr ésentent un lien très étroit avec le contexte socioéconomique et l’origine des 17 élèves. Ce constat est particulièrement inquiétant, compte tenu de l’augmentation attendue de la diversité de la population scolaire. La répartition plus équitable des enseignants expérimentés entre les écoles et l’intégration des élèves handicapés sont autant de défis supplémentaires à relever pour l’enseignement flamand. Ce dernier point a été en partie pris en charge par le « décret M», qui a pour objectif d’intégrer un plus grand nombre d’élèves dans l’enseignement ordinaire, et non dans l’enseignement spécialisé.

Malgré des chiffres globalement satisfaisants
pour l’ensemble de la Belgique,
la différence de niveau de compétences entre la population
du nord et du sud du pays est relativement importante.

Pour l’enseignement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, les défis à relever consistent une nouvelle fois à rapprocher les scores de ses élèves de la moyenne nationale. Le nombre de redoublants est par ailleurs élevé, avec à la clé un risque accru d’abandon scolaire. Il existe en outre une marge d’amélioration en ce qui concerne la participation à l’enseignement supérieur : en Fédération Wallonie-Bruxelles, 38 % de la population âgée de 25 à 34 ans possède un diplôme de l’enseignement supérieur, contre 47 % en Flandre. La principale initiative politique récente dans ce domaine est le Pacte d’excellence, qui dresse la liste des priorités que l’enseignement doit se fixer afin d’accroître la qualité générale de ses services.

Défis belges

Outre les défis propres à chaque région, certains challenges se profilent à l’horizon pour tout le territoire. Les gouvernements régionaux devront les relever s’ils souhaitent préserver la qualité de l’enseignement. Des écoles défavorisées souffrent par exemple d’une pénurie  d’enseignants de qualité. Le recul des performances de nos meilleurs élèves par rapport aux meilleurs élèves des autres pays de l’OCDE est une autre tendance inquiétante. Les liens entre l’enseignement et le marché de l’emploi peuvent également être améliorés, notamment grâce aux stages et aux projets communs. Comme indiqué dans le chapitre précédent, le pourcentage de nouveaux étudiants de l’enseignement supérieur choisissant des disciplines STEM (Science, Technology, Engineering & Mathematics) est inférieur à la moyenne de l’OCDE, ce qui peut à terme se révéler problématique pour notre capacité d’innovation. À ceci s’ajoute le fait que les femmes sont fortement sous-représentées dans ces filières.

Enfin, les résultats produits par l’enseignement sont à mettre en rapport avec les ressources utilisées à cet effet. Les dépenses publiques et privées consacrées à l’enseignement s’élèvent à environ 6 % du PIB. Par rapport à ses voisins, la Belgique consacre beaucoup d’argent à l’enseignement maternel, primaire et secondaire (secondaire supérieur en particulier). À l’inverse, les dépenses en faveur de l’enseignement supérieur sont relativement modestes. Compte tenu de l’importante participation à l’enseignement maternel et d’une obligation scolaire relativement longue, cela n’a rien d’étonnant en soi.

Conclusion

Malgré des chiffres globalement satisfaisants pour l’ensemble de la Belgique, la différence de niveau de compétences entre la population du nord et du sud du pays est relativement importante. Si la fédération Wallonie-Bruxelles doit élever la qualité de son enseignement pour atteindre la moyenne nationale, l’enseignement flamand doit pour sa part s’atteler à l’amélioration de l’inclusion.

Les réformes récentes vont dans le bon sens, mais des efforts supplémentaires doivent être fournis si les régions veulent relever avec succès les défis régionaux et nationaux. Ce n’est que de cette manière que le niveau de formation de la population restera, à l’avenir également, l’un des principaux atouts de l’économie belge.

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