Samedi 19/10/2019

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Qu'en est-il de notre compétitivité internationale ?

Pour une petite économie ouverte telle que la Belgique, la compétitivité est un paramètre de performance fondamental. Où notre pays se situe-t-il en matière d'enseignement, d'infrastructure, de soins de santé ou de technologies de l'information ? C'est l'une des questions posées par nos économistes dans leur livre.

 

La compétitivité est un concept relativement vague, insaisissable, et tout sauf univoque. Il en existe par conséquent plusieurs définitions. L’OCDE la définit comme la mesure selon laquelle un pays est capable, dans des conditions de marché internationales équitables, de produire des biens et des services ayant la capacité de préserver et d’accroître le revenu réel de ses habitants à long terme.

La Belgique a vu sa part de marché à l’exportation
reculer dans les échanges internationaux.
Alors qu’elle s’élevait encore à près de 3 % en 1980, cette part
de marché était légèrement inférieure à 2 % en 2017.

Au fil des ans, différents classements internationaux ont vu le jour. Les plus connus sont sans doute le Global Competitiveness Index (indice de compétitivité mondiale) du Forum économique mondial et le World Competitiveness Scoreboard (tableau de bord de la compétitivité internationale) de l’institut IMD en Suisse. L’INSEAD, école de commerce française, a lancé le Global Innovation Index (indice mondial de l’innovation). Ces classements se basent sur des dizaines d’indicateurs et doivent de ce fait être interprétés avec prudence. Il s’agit principalement d’une combinaison de facteurs d’input et d’output englobant l’enseignement, l’infrastructure, les services publics, la recherche et le développement, les soins de santé et les technologies de l’information. Ils présentent une image relativement constante de la Belgique. Notre pays se situe généralement dans la moyenne, et nous nous plaçons systématiquement derrière les pays de tête que sont la Suisse, les Pays-Bas, Singapour, le Danemark, la Suède et les États-Unis.

Perspective historique

L’évolution du taux de change effectif réel (c’est-à-dire le taux de change nominal pondéré par rapport aux principaux partenaires commerciaux), des charges salariales et de la productivité du travail reste l’une des références les plus fiables lorsqu’il s’agit d’évaluer la compétitivité internationale dans le temps. Une dépréciation du taux de change constitue, de loin, la manière la plus simple de renforcer une position concurrentielle dégradée. C’est ce qui ressort notamment des exemples de l’Argentine (2002) et de l’Islande(2008). La dépréciation du franc belge en 1982 avait également entraîné une amélioration significative de la balance commerciale. Cette décision avait également accru notre part de marché à l’exportation et consolidé nos prestations dans ce domaine, du moins jusqu’à la moitié des années 1990. Depuis, la Belgique a vu sa part de marché à l’exportation reculer dans les échanges internationaux. Alors qu’elle s’élevait encore à près de 3 % en 1980 selon les chiffres de l’OCDE, cette part de marché était légèrement inférieure à 2 % en 2017.

Une évolution similaire a été observée pour le compte courant de la balance des paiements (qui s’est néanmoins bien redressé au milieu de l’année 2017). L’excédent de 5,5 % du PIB que la balance commerciale affichait encore en 1994 s’est mué en déficit de 3 % en 2008. Ce recul était en partie imputable à la dégradation des termes de l’échange. Ce phénomène se produit lorsque les prix à l’exportation augmentent moins rapidement que les prix à l’importation. L’augmentation sensible des prix des matières premières offre donc une partie de l’explication dans ce cas. La croissance du volume des exportations inférieure à celle des importations est un autre facteur explicatif. L’entrée en scène des pays émergents, et de la Chine en particulier, n’y est pas étrangère, au même titre que l’appréciation de l’euro.

Handicap des coûts salariaux

En mai 2012, le Bureau fédéral du plan s’est exprimé de manière relativement critique, dans le cadre d’un rapport intermédiaire, au sujet de la compétitivité internationale de notre pays.
En effet, depuis 2005, les coûts salariaux à l’unité produite ont augmenté plus rapidement en Belgique que dans ses trois pays voisins, la France, les Pays-Bas et l’Allemagne. L’institution invitait en outre les décideurs politiques belges à résorber le handicap salarial et à miser davantage sur l’innovation, l’enseignement et la qualité des infrastructures publiques. Pourtant, la loi de promotion de l’emploi et de sauvegarde de la compétitivité de 1996 avait pour objectif de maîtriser l’évolution des coûts salariaux dans notre pays. Le véritable problème fut la surestimation systématique de l’évolution future des salaires, plus particulièrement en Allemagne. En outre, l’augmentation des prix du pétrole depuis 2004 a soutenu l’inflation. Le mécanisme d’indexation automatique des salaires dans notre pays a donc généré une contrainte supplémentaire pour la compétitivité des entreprises belges. La loi prévoyait bien un volet correctif, mais il n’a pas été appliqué de manière suffisante et systématique. Le handicap des coûts salariaux a donc atteint près de 4,5 % en 2012.

Il s’est toutefois fortement réduit ces dernières années en Belgique, à un point tel que la différence des coûts salariaux par rapport aux pays voisins existant depuis 1996 a entièrement disparu. Cette évolution démontre que les mesures de gel des salaires réels (2013-2014), de modération salariale (2015-2016), de saut d’index et de tax shift prises au cours de ces cinq dernières années ont effectivement porté leurs fruits. Bien sûr, certains employeurs belges estiment qu’il subsiste un handicap salarial historique d’environ 10 %. Toutefois, cette estimation se base uniquement sur la différence de coûts salariaux horaires. Or, les différences de productivité, les coûts de l’énergie et le degré de différenciation des produits doivent également être pris en considération. Il semble en outre logique, dans le contexte de forte mondialisation de l’économie dans lequel nous évoluons, de ne pas uniquement nous comparer à nos voisins.

Conclusion

Pour une petite économie ouverte telle que la Belgique, la compétitivité est un paramètre de performance fondamental. Nos exportations de biens et de services représentent près de 84 % du produit intérieur brut, l’un des taux les plus élevés au monde. Cette ouverture est l’un des fondements de notre niveau de prospérité actuel.
Dans ces conditions, autant en prendre soin. La modernisation de la loi de 1996, introduite fin 2016, constitue d’ores et déjà un pas dans la bonne direction. Le risque de dérapage de l’évolution des salaires par rapport à nos principaux partenaires commerciaux se trouve dès lors considérablement réduit.

 

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Téléchargez ici la version PDF du livre de nos économistes.

 

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