Mardi 25/06/2019

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La Belgique est-elle attrayante pour les investisseurs internationaux ?

Si la Belgique jouit globalement d’un capital sympathie et d’une bonne réputation à l’étranger, quels sont les atouts qui rendent notre pays attrayant sur le plan économique ? Retrouvez les réflexions de nos économistes dans une des questions issues de leur livre.

 

« Nous n’allons tout de même pas faire comme la Belgique ? » C’est avec ces mots que le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, a défendu la suppression de l’impôt sur les dividendes devant permettre aux Pays-Bas de continuer à attirer les multinationales.
Les investissements étrangers peuvent contribuer dans une large mesure à stimuler l’emploi et l’activité économique. Nous pensons ici aux investissements étrangers directs à long terme, et pas expressément aux flux de portefeuilles liés à des centres financiers.
Les investissements étrangers directs peuvent être, par exemple, de nouvelles implantations d’une multinationale, des participations de sociétés étrangères dans de petites entreprises locales ou des prêts à long terme à des entreprises locales. Mais comment un pays attire-t-il les capitaux étrangers ? Quels sont les points forts et les points faibles de la Belgique ? La Belgique continue-t-elle à attirer les capitaux étrangers ou le Premier ministre néerlandais a-t-il raison ?

Investissements étrangers en Belgique

D’après les chiffres d’Ernst & Young, notre pays a attiré exactement 200 projets d’investissement étrangers en 2016, ce qui représente un recul de 5 % par rapport à 2015, mais reste le deuxième meilleur résultat sur une période de dix ans. La Belgique n’a donc pas profité de la tendance européenne, puisque notre continent a enregistré une progression de 15 % en 2016. Avec 105 projets, la Flandre a attiré en 2016 un peu plus de la moitié des projets enregistrés par notre pays, avec toutefois un recul significatif par rapport aux 141 de l’année  précédente et un résultat relativement terne au regard de la décennie écoulée.

Les montants des investissements étrangers sont pour leur part passés de 2,7 à 1,9 milliard d’euros. Bruxelles, en particulier, a connu en 2016 une augmentation notable, malgré les attentats terroristes. Les investissements étrangers en Belgique ont créé 3 300 emplois en 2016. Il s’agit d’une augmentation de 4 % par rapport à 2015. Ce chiffre est toutefois inférieur à la moyenne décennale de 3 750 unités et à l’augmentation européenne de près de 20 %. Les secteurs de la logistique, de la production et de la vente et du marketing fournissent conjointement, et de loin, la 3 contribution la plus importante, tant en ce qui concerne le nombre de projets que le nombre d’emplois. La grande majorité de ceux-ci provenait, ces dix dernières années, des États-Unis et de nos trois pays voisins que sont la France, les Pays-Bas et l’Allemagne.

Atouts et lacunes

Les caractéristiques qui rendent notre pays attrayant pour les investisseurs étrangers sont bien connues. Ces derniers apprécient la Belgique pour sa situation centrale et pour ses ports internationaux, pour le statut de Bruxelles de capitale de l’Union européenne et de l’OTAN, pour la qualité de sa formation et les compétences linguistiques de sa main-d’oeuvre et pour la relative stabilité de son cadre politique, réglementaire et administratif. 

Les investisseurs étrangers apprécient la Belgique
pour sa situation centrale, 
pour le statut de Bruxelles de capitale de l’Union européenne, 
pour la qualité de sa formation et
pour la relative stabilité de son cadre politique.

Ses handicaps sont également connus. Les investisseurs étrangers insistent sur la pression fiscale excessive que connaît notre pays. Le taux nominal élevé de l’impôt des sociétés, en particulier, est un point noir. La baisse à 29 % en 2018 et à 25 % en 2020 répond, certes, à cette préoccupation, mais d’autres pays ont, eux aussi, consenti des efforts importants ces dernières années afin de réduire ce taux affiché. Bien entendu, il s’agit d’un nivellement par le bas. Il serait certainement préférable d’harmoniser cette question au niveau européen en adoptant, par exemple, un taux minimal ou un impôt des sociétés européen unique, intitulé Common Consolidated Corporate Tax Base. Toutefois, tant que cela ne sera pas le cas, cet élément restera un facteur décisif pour les investisseurs étrangers. 3 En outre, de nombreuses entreprises indiquent que les décideurs politiques belges pourraient soutenir davantage les secteurs des technologies de pointe et l’innovation. Il ne s’agit donc pas uniquement d’incitants fiscaux, mais aussi de la simplification de l’administration et des investissements dans les formations, notamment les formations permanentes.
 

Le coût élevé de la main-d’oeuvre constitue également un élément important qui pose surtout problème dans l’industrie. Le cercle de réflexion américain The Conference Board a comparé le coût horaire moyen dans le secteur de la transformation de plusieurs pays. Notre pays, avec 46,5 dollars de l’heure, est le troisième pays le plus cher au monde après la Suisse et la Norvège. Bien entendu, ce chiffre ne tient pas compte de la productivité du travail. Toutefois, cet aspect n’est pas prépondérant dans la décision des investisseurs étrangers pour chaque activité. Le coût salarial horaire chez nos voisins néerlandais (36,5 dollars), français (37,5 dollars), allemands (42,5 dollars) et britanniques (31,5 dollars) est en effet sensiblement inférieur. Par ailleurs, la mobilité demeure un point d’attention important. Il est également abordé dans le présent ouvrage.

Conclusion

Globalement, la Belgique reste un pays attractif pour les capitaux étrangers. Notre pays trône aux alentours de la vingtième place du Global Foreign Direct Country Attractiveness Index, classement annuel de 110 pays, depuis plusieurs années. Nous nous trouvons donc derrière nos voisins allemands (5e), néerlandais (6e) et français (13e). La pression fiscale et les coûts salariaux élevés, en particulier, restent des obstacles. 

Il est également nécessaire de s’atteler au soutien à l’innovation et à la technologie, à la formation permanente et aux infrastructures de transport. Des mesures proactives supplémentaires sont de surcroît possibles en matière de réglementation. Notre pays a, par exemple, beaucoup tardé à sauter dans le train du commerce en ligne. La propension à investir dans notre pays dans les prochaines années semble relativement réduite pour l’instant. Il ressort ainsi d’un sondage qu’à peine 13 % des entreprises envisagent d’investir dans les années à venir, un chiffre inférieur à la moyenne de la décennie précédente (21 %). Compte tenu de la qualité de formation de notre main-d’oeuvre, notre pays pourrait se positionner de manière plus ambitieuse en tant que pôle d’attraction pour les nouvelles technologies numériques, sans se limiter à l’industrie pharmaceutique et à la biotechnologie.

 

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Téléchargez ici la version PDF du livre de nos économistes.

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