Vendredi 06/12/2019

Top Header

Langues

Le retour du protectionnisme menace-t-il l'économie belge ?

Le livre de nos économistes est récemment paru. Chaque semaine, retrouvez un des 20 questions liées à l'actualité du moment.

Face à la volonté de Trump de taxer les importations d'acier et d'aluminium, nous assistons plus que jamais à un retour du protectionnisme. Ce retour représente-t-il une réelle menace pour l'économie belge ?


La Belgique est une économie petite et ouverte. Un retour global du protectionnisme peut donc présenter des risques significatifs pour notre pays. Dans le même temps, on ne peut balayer du revers de la main les inquiétudes relatives à la mondialisation. Didier Reynders, ministre des Affaires étrangères, en a lui aussi conscience : il milite en faveur de la création d’un système commercial plus inclusif auprès de l’Organisation mondiale du commerce, dans lequel les préoccupations de la population vis- à-vis du protectionnisme
seraient davantage prises en compte. Ce chapitre aborde succinctement l’origine de la menace protectionniste, pour examiner ensuite où se situent les sensibilités de notre économie.

L’origine de la menace protectionniste

Il ne fait aucun doute que le protectionnisme gagne du terrain dans le monde occidental. Ce constat vaut pour la Belgique également. Sur ce plan, la répartition inégale des fruits de la mondialisation est un élément important. La mondialisation a en effet joué un rôle significatif dans la baisse sensible de la pauvreté extrême dans le monde au cours des quarante dernières années. Et ce phénomène est étroitement lié à la croissance dynamique des pays émergents, et de la Chine en particulier. Les individus les plus riches, au niveau international, ont habilement réussi à tirer parti de la mondialisation et des évolutions technologiques, ce qui a fortement augmenté leurs revenus. Dans le même temps, la classe moyenne occidentale n’a enregistré qu’une augmentation limitée de ses revenus au cours de ces dernières décennies. Par ailleurs, les inquiétudes de la classe moyenne se sont renforcées sous l’effet de la digitalisation, qui s’est accélérée au cours de ces dernières années.

En outre, notre système démocratique reste axé sur des États-nations, alors que notre économie est fortement internationalisée. C’est pourquoi les inquiétudes sur la mondialisation, qui s’expriment au niveau national, nesont pas toujours entendues au niveau international. Il existe, en d’autres termes, une tension entre une mondialisation approfondie, le processus de décision démocratique et l’État-nation. Selon l’économiste Dani Rodrik, ces trois éléments forment le trilemme de la globalisation. La progression du protectionnisme est l’expression électorale de cette tension accumulée de longue date, laquelle trouve une caisse de résonance dans le processus décisionnel démocratique et s’accroche à l’État-nation, aux dépens de la poursuite de la mondialisation. C’est dans ce contexte qu’il faut considérer la menace d’un retour au protectionnisme. S’il faut saluer l’émergence d’un débat public, il existe également un risque de revirement soudain. Le Brexit et l’élection de Donald Trump sont d’excellents exemples de points de basculement abrupt de ce genre.

Les intérêts
commerciaux belges à
l’égard du Royaume-Uni
sont en moyenne plus
importants que ceux
d’autres États membres
de l’Union européenne.


 

Sensibilité de l’économie belge

L’exportation de biens et de services par la Belgique représente 84 % du produit intérieur brut, tandis que les importations s’élèvent à 82 % du PIB. La Belgique peut donc être considérée comme l’un des pays les plus ouverts au monde. Une étude de la Banque nationale démontre que seul un tiers des entreprises belges n’a absolument aucun lien avec la demande en provenance de l’étranger. Cette situation trouve son origine dans les entreprises exportatrices et importatrices, qui établissent un lien entre le réseau de production national et l’étranger.

Les mesures protectionnistes n’auront donc pas seulement un impact sur l’activité des importateurs ou des exportateurs, mais aussi sur l’activité de la quasi-totalité du réseau de production. Le niveau élevé d’ouverture de la Belgique s’explique en partie par sa situation géographique au coeur de l’Union européenne. La majeure partie des échanges internationaux de la Belgique s’effectue avec d’autres pays de l’Union. C’est pourquoi le Brexit constitue un motif de vigilance particulier. Les intérêts commerciaux belges à l’égard du Royaume-Uni sont en moyenne plus importants que ceux des autres États membres de l’Union européenne. La part du Royaume-Uni dans les exportations de biens et de services belges oscille aux alentours de 9 %, 5 % des importations de marchandises viennent d’outre-Manche, et les importations de services britanniques ne représentent pas moins de 10 % du total. Compte tenu de cette exposition considérable, la Belgique a tout intérêt à ce que le régime transitoire soit mis en place en douceur.

L’émergence du protectionnisme peut également avoir d’autres incidences sur l’économie belge. Ainsi, il subsiste un risque de voir le soutien dont bénéficie le projet européen s’effriter davantage dans d’autres États membres. Des facteurs internationaux sont également à l’oeuvre. En tant que pays de transit, la Belgique est très sensible à l’évolution du commerce mondial. Nous constatons depuis peu que les échanges commerciaux internationaux semblent recommencer à progresser, après deux ans de stagnation. Cette croissance a débuté fin 2016 sous l’effet d’une reprise économique mondiale synchrone. Dans le sillage de la reprise internationale, les exportations belges ont elles aussi enregistré une croissance significative. Ce coup de pouce conjoncturel, conjugué à l’échec des tentatives de percée de certains partis politiques européens défendant des idées protectionnistes l’année dernière, ne signifie aucunement que le danger est définitivement écarté.

Conclusion

Le protectionnisme progresse dans le monde occidental. La répartition inégale des fruits de la mondialisation ainsi que les lacunes démocratiques de l’État-nation expliquent ce phénomène.

Il est clair que la Belgique doit notamment sa prospérité actuelle à son ouverture. Nous devons dès lors faire preuve de rigueur à cet égard. Le régime de transition après le Brexit est un important défi à court terme. À plus long terme, l’avènement de partis politiques qui prônent davantage de mesures protectionnistes reste clairement une menace pour la Belgique. Un vaste débat social s’impose à cet égard. Les enjeux sont de taille pour notre pays et c’est pourquoi nous sommes parfaitement bien positionnés pour prendre l’initiative dans ce débat.

Mail