Mercredi 14/08/2019

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Réforme fiscale américaine : quel impact sur l’économie et les marchés ?

La réforme fiscale américaine était l’une des promesses électorales majeures du président américain. Après des mois d’incertitudes, la nouvelle loi a finalement été votée par le Congrès américain à la fin de l’année passée. Ce succès fait de cette réforme la réalisation la plus importante du nouveau gouvernement depuis son entrée en fonction. Jérôme van der Bruggen et Alexandre Gauthy passent en revue ses éléments les plus importants ainsi que leurs effets probables sur l’économie et sur les marchés.

Les mesures-clés de la réforme :

  • Les ménages bénéficieront d’une baisse (temporaire) de l’impôt des personnes physiques. Sur les 10 prochaines années, la baisse cumulée se chiffre à un peu plus de 1.100 milliards de dollars. La réforme augmentera à elle seule le revenu disponible des ménages américains de plus de 1 % cette année. L’impact sur la consommation sera donc indéniablement positif à court terme. Mais attention, la réduction d’impôt avantagera disproportionnellement les ménages à plus hauts revenus (les près des 1 % des contribuables déclarant un revenu annuel de plus de 500.000 dollars empocheront 20 % du total de l’enveloppe). Ces ménages dépensant une partie moindre de leur surplus de salaire que les  plus faibles revenus, l’effet sur la consommation ne doit pas non plus être surestimé.
     
  • Les entreprises bénéficieront elles aussi d’une baisse d’impôts (qui, elle, n’est pas temporaire). Les changements les plus importants pour les entreprises sont :

1. la baisse du taux légal d’imposition de 35 % à 21 %
2. la déduction fiscale totale et immédiate des investissements des entreprises lors des cinq prochaines années
3. la limite de la déductibilité des intérêts payés sur leur dette
4. la modification du régime de taxation, qui évolue d’un système international vers un système territorial. La réduction du taux d’imposition statutaire, ainsi que les modifications apportées au régime de l’impôt des sociétés réduira la charge d’impôt pour tous les secteurs de l’économie, mais dans différentes mesures.


Quel est l’impact de cette réforme sur l’économie et sur les marchés ?

  • A court terme, l’impact de la réforme sera positif pour la consommation des ménages et pour l’investissement des entreprises, avec comme conséquence une probable prolongation – temporaire – du cycle d’expansion américain et par conséquent une accélération – sans doute temporaire elle aussi – de la croissance économique mondiale. Signe intéressant, le Fonds monétaire vient de revoir à la hausse son estimation de croissance de l’économie mondiale et s’attend désormais à une croissance de 3,9 % pour 2018 et 2019.
     
  • Cette réforme aura aussi un effet sur les bénéfices (nets) des entreprises américaines dans leur ensemble. Le chiffre qui circule est celui d’un impact positif d’à peu près 7 % - impact provenant uniquement de la réforme de la fiscalité des entreprises. Combiné à l’accélération de l’économie, c’est un facteur positif pour la bourse américaine et pour les bourses mondiales.
     
  • Il semble aussi raisonnable de s’attendre à une (légère) accélération de l'inflation aux Etats-Unis suite à cette réforme. Une relance budgétaire à ce stade avancé du cycle économique ajoutera des pressions supplémentaires sur les facteurs de production. Notez que certaines entreprises ont déjà annoncé un « bonus » supplémentaire pour leurs employés cette année, afin de les faire participer aux bienfaits de la baisse de l’impôt des sociétés. La Banque centrale américaine prendra-t-elle cela comme un signe selon lequel le mouvement, déjà entamé, de restriction de la politique monétaire peut être accéléré ? A suivre... Pour l’heure, notre scénario de hausse des taux graduelle reste inchangé (nous tablons sur deux ou trois hausses des taux directeurs pour 2018), le caractère temporaire de la baisse d’impôt des personnes physiques prenant le dessus.
     
  • A long terme, le manque à gagner pour l’Etat suite à la baisse des taux d’imposition se soldera par une augmentation du déficit budgétaire et de la dette publique américaine. Ce développement impacte négativement le dollar ! Combiné aux déclarations récentes du Secrétaire du Trésor Stephen Mnuchin, on comprend que le dollar soit sous pression. Mais attention, d’autres facteurs viennent contrebalancer cette faiblesse : le différentiel de taux entre les Etats-Unis et la zone euro, à un niveau historique, et la volonté claire de la BCE de ne pas laisser l’euro s’apprécier trop fortement.
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