Mardi 25/06/2019

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L'économie française peut-elle enclencher la sixième vitesse ?

Chief Economist

Alors que Macron s'apprête à investir le Salon doré de l'Élysée, la question est de savoir dans quelle mesure il peut relancer l'économie française. La tâche s’avère de taille. Comme chez nous, c'est surtout le marché de l'emploi rigide qui nécessite d'urgentes réformes. À titre d'exemple, près de 24 % des jeunes Français sont au chômage. Même le Portugal, ce pays ravagé sur le plan économique, fait mieux en la matière. Ce ne sera pas une sinécure. Si les Français ont un penchant pour la révolution, ils n'ont que rarement, par le passé, soutenu les changements en profondeur. Cette fois pourtant, les chances que la France trouve un nouvel élan semblent plus importantes.

Des ambitions à la hauteur de la Tour Eiffel

Quoi qu'il en soit, le jeune Macron déborde d'ambition. Ainsi entend-il, d'ici 2022, ramener le taux de chômage à 7 %, alors que celui-ci s'élève aujourd'hui à 10 % et que la moyenne depuis 1980 se situe à plus de 9 %. L'histoire montre que ce n'est pas impossible. En Allemagne, après les fameuses réformes Hartz, le chômage avait baissé de plus de 11 % en 2005, pour se stabiliser à 7 % à la veille de la grande récession, avant de poursuivre son impressionnante dégringolade jusqu'à l'actuel taux de moins de 4 %. Mais la France n'est pas l'Allemagne et, du reste, le modèle allemand n'est pas la panacée. De plus, le contexte économique et politique était très différent avant 2008. L'alliance entre Schröder et Merkel avait su, à l'époque, tirer profit d'un véritable boom économique dans le sud de l'Europe et les pays en croissance. La Chine, principalement, avait fait preuve d'un très grand intérêt pour les machines et voitures allemandes de qualité supérieure et il n'existait, en Allemagne, quasiment aucun parti populiste.  En revanche, après la lourde crise financière de 2008 et la crise de l'euro qui s'est ensuivie, le populisme triomphe en France. Le duo  Mélenchon-Le Pen a recueilli pas moins de 41 % des voix lors du premier tour de l'élection présidentielle.

Quelque chose bouge en France

Et pourtant, un revirement positif reste possible. Macron a de l'audace et prône la réforme. Ministre français de l’Économie sous Hollande, il est parvenu à imposer deux lois importantes pour la flexibilisation du marché du travail. Par ailleurs, il ressort d'un sondage récent que 85 % des Français pensent que des réformes structurelles sont nécessaires, bien que cela puisse signifier quelque chose de différent pour chacun d'entre eux. Mais le fait que la majorité déclare que les réformes doivent avoir lieu, même si elles sont synonymes de grèves et de blocages majeurs, montre bien que quelque chose bouge réellement en France. De surcroît, Macron bénéficie du soutien de la CFDT, le plus grand syndicat du pays.

Maintenant que la conjoncture revient à la normale, il pourra très probablement continuer à surfer sur la confiance à la hausse des entreprises et ménages français. Et si la France négocie correctement le Brexit, elle pourra peut-être profiter du départ de certaines institutions financières de la City londonienne. Enfin, pour ce qui est du ralentissement de l'activité économique en Chine, il se confirme que la croissance devra, là-bas, venir davantage de la consommation et moins des investissements. Peut-être les Français pourront-ils, avec leurs produits de luxe et leurs vins, se tailler une part du gâteau.

En quête d'une majorité

Tous les regards se tournent à présent vers les élections législatives françaises de la mi-juin. Selon l'un des derniers sondages, En Marche! pourrait devenir le plus grand parti à l'issue des élections et obtenir entre 46 et 53 % des votes. Néanmoins, même si ce n'était pas le cas, il n'y aurait pas pour autant péril en la demeure. Une coalition avec Les Républicains deviendrait alors évidente. Parce que ce parti aussi doit se réaffirmer après l'échec de la présidentielle, il existe une perspective pour que l'on puisse faire passer de nouvelles réformes économiques. Bien sûr, rien ne garantit que cela marchera. Prenons notre pays, où la soi-disant coalition de rêve suédoise ne parvient plus, après des débuts prometteurs, à engranger des progrès satisfaisants. 

Il faudra donc attendre de voir si Macron peut porter l'économie française à sa vitesse de croisière. Lui aussi réalisera que le Président de la République ne détient pas tous les pouvoirs. En outre, beaucoup dépendra des développements au niveau européen. Si la stricte discipline budgétaire est la règle et si l'ambition d'approfondir la zone euro fait défaut, la tâche deviendra très compliquée. 

Mais compte tenu de l'incontestable potentiel d'amélioration sur le plan économique et de l'attitude plus positive des Français à l'égard des réformes économiques, les chances de progrès structurels sont réelles. Si, par contre, la politique de son gouvernement échoue et que le chômage reste élevé, Marine Le Pen pourrait rapidement revenir au premier plan.

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