Samedi 18/05/2019

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Élections dans la zone euro : un ciel vraiment menaçant ?

Investment Desk Analyst

En résumé :

  • Le 15 mars, les Pays-Bas donneront le coup d’envoi d’un cycle électoral crucial dans la zone euro. Plus tard dans l’année, suivront les élections présidentielles en France et les élections fédérales en Allemagne. Ces élections seront suivies avec la plus grande attention en Europe ainsi que partout dans le monde.
  • La tendance actuelle devrait selon toute vraisemblance se confirmer : les partis traditionnels ont de plus en plus de mal à séduire et les nouveaux partis, à gauche comme à droite, voient leur popularité augmenter constamment.
  • Une des conséquences de cette polarisation est le morcellement de plus en plus important du paysage politique et la nécessité de former des coalitions toujours plus larges pour obtenir la majorité.
  • Cependant, le véritable enjeu de ces élections, et le plus important pour les marchés financiers, est la possibilité de voir un parti eurosceptique accéder au pouvoir. À ce stade, la probabilité d’un tel événement est limitée, mais les évolutions sur le marché obligataire n’en trahissent pas moins une certaine inquiétude dans les rangs des investisseurs.

Le calendrier des élections en 2017

Comme si ces élections dans les pays du cœur de la zone euro (Pays-Bas, France et Allemagne) ne créaient pas  suffisamment d’incertitudes, plusieurs autres événements politiques figurent ou pourraient figurer à l’agenda de cette année. En mars, le Royaume-Uni devrait activer l’article 50, lançant ainsi officiellement sa sortie de l’Union européenne. En Allemagne, plusieurs élections se tiendront dans les Länder. En Espagne, la Catalogne désire organiser un référendum sur son indépendance au cours du mois de septembre, malgré la vive opposition du gouvernement de Madrid. Enfin, en Italie, des élections anticipées ne sont pas à exclure à l’automne.

15 mars

Pays-Bas

élections législatives

23 avril

France

premier tour des élections présidentielles

7 mai

France

second tour des élections présidentielles

11 – 18 juin

France

élections législatives

24 septembre

Allemagne

élections législatives fédérales

 

L’enjeu dans les trois pays du cœur de la zone euro

Une fois n’est pas coutume, les élections ne porteront pas sur l’économie, sur la sécurité sociale ou sur l’environnement. Les thèmes cruciaux dans chacun des pays sont l’immigration et l’Europe, les partis eurosceptiques et anti-immigration étant en quelque sorte parvenus à monopoliser l’agenda.

Pays-Bas : le PVV bientôt premier parti mais sans majorité ?

Depuis la prise de pouvoir de la coalition actuelle formée par le VVD (Parti populaire libéral et démocrate) du Premier ministre Mark Rutte et le PvdA (Parti travailliste) voici six ans, l’économie néerlandaise se porte bien. Le taux de chômage a baissé à 5,4 % (niveau le plus bas depuis fin 2011), les prix de l’immobilier sont à nouveau en hausse et les finances publiques sont saines (les Pays-Bas ont un taux d’endettement de 61,9 % et un déficit budgétaire de -1,9 % par rapport au PIB). Pourtant, la plupart des sondages d’opinion indiquent que le PVV, le parti eurosceptique et islamophobe de Geert Wilders, pourrait devenir le plus grand parti du pays, le VVD n’arrivant qu’en deuxième position. Le PvdA, lui, semble largement exclu de l’échiquier politique après un série de scandales et de querelles intestines.

En cas d’accession au pouvoir, le PVV souhaite organiser un référendum afin de faire sortir les Pays-Bas de l’Union européenne. Un tel programme ne sera toutefois pas facile à réaliser :

  • Le parti de Geert Wilders pourrait sans doute devenir le plus grand parti du pays, mais il ne bénéficiera probablement pas du soutien suffisant pour former une majorité et exécuter son programme anti-européen, tous les autres partis un tant soit peu importants ont fait savoir qu’ils ne participeraient pas à un gouvernement avec le PVV, y compris le VVD, qui avait constitué un gouvernement minoritaire avec la bienveillance du PVV en 2010. Selon les estimations, le VVD devrait sortir deuxième des urnes. Le PvdA, le CDA, les verts et le D66 sont autant de partenaires de coalition potentiels n’étant pas eurosceptiques.
  • La législation néerlandaise ne permet l’organisation de référendums consultatifs que pour de nouvelles lois ou de nouveaux traités. Afin d’organiser un référendum sur l’appartenance à l’UE, il faudrait donc d’abord un changement de loi approuvé par les deux Chambres. L’organisation d’un référendum contraignant suppose pour sa part une modification de la Constitution avec majorité des deux tiers…

En conclusion, le référendum néerlandais sur une sortie de l’UE n’est pas pour tout de suite. Cela dit, au vu du comportement de plus en plus hétérogène des électeurs (selon les sondages, 8 partis obtiendront 10 sièges ou plus sur un total de 150 à répartir), les négociations pour former une majorité s’annoncent longues et difficiles.

France : des candidats inattendus pour un résultat tout aussi inattendu ?

Étant extrêmement impopulaire, François Hollande, président sortant, ne briguera pas de second mandat. Le moins qu’on puisse dire est que son palmarès économique n’est guère impressionnant. Le taux de chômage se maintient désespérément aux alentours de 10 % (même s’il est en phase d’amélioration) le taux d’endettement est élevé (97,5 % du PIB) et le déficit budgétaire supérieur aux critères de Maastricht (-3,5 % du PIB).

Une dizaine de candidats se sont lancés dans la course à la présidence, avec des chances réelles de victoire pour quatre d’entre eux. Au sein des grands partis, les primaires ont bien souvent été remportées par le candidat inattendu.

  • Chez Les Républicains de centre-droite, François Fillon (Premier ministre sous Nicolas Sarkozy) a déjoué les pronostics face à Alain Juppé (Premier ministre sous Jacques Chirac). Mr Fillon prévoit un vaste programme de réformes visant la croissance et plus de flexibilité pour le marché du travail. Il ne nie pas l’existence de forces anti-européennes en France, mais il reste un partisan d’une Europe forte. La candidature de Mr Fillon a toutefois été remise en cause récemment par les rumeurs d’emplois fictifs de son épouse.
  • Du côté du Parti Socialiste, c’est Benoît Hamon, le candidat de la gauche traditionnelle, qui est le vainqueur surprise de la primaire, aux dépens de Manuel Valls, le candidat de la gauche modérée. Mr Hamon a été brièvement ministre de l’enseignement en 2014, mais il avait démissionné suite à son désaccord avec la politique « pas assez à gauche » du gouvernement.
  • La troisième surprise est celle du candidat Emmanuel Macron, qui est à la tête de son propre parti En Marche ! Ancien membre du PS, il était ministre de l’économie, de l’industrie et du numérique depuis 2014, avec à son actif de nombreuses réformes favorables aux entreprises. Toujours plus populaire (mais relativement inexpérimenté), Emmanuel Macron se positionne comme un « europhile » qui vise une Europe forte et prône même l’idée d’élections européennes comme composante d’un « new deal » européen.
  • Marine Le Pen, présidente du parti nationaliste le Front National, a confirmé sa volonté d’organiser un référendum sur l’euro si elle était élue. En France, un référendum peut être organisé par le gouvernement sans autorisation du parlement. Outre l’immigration, les autres points forts de son programme sont l’abaissement de l’âge de la retraite à 60 ans et des baisses d’impôts. Elle n’a toutefois pas détaillé le financement de ces mesures coûteuses.

Les sondages actuels donnent Marine Le Pen gagnante au premier tour et indiquent qu’elle affrontera probablement Emmanuel Macron au second. Un second tour qui devrait selon toute vraisemblance voir un front d’électeurs modérés se dresser contre le Front National et permettre ainsi à l’autre candidat (Emmanuel Macron ?)  de l’emporter avec une avance confortable. Reste toutefois à savoir s’il sera possible, comme cela avait été le cas face à Jean-Marie Le Pen en 2002, de convaincre les électeurs socialistes de voter pour un autre candidat. La situation est aujourd’hui différente : les thèmes ont changé (référendum sur l’euro) et l’adversaire potentiel est soit contesté (Fillon), soit relativement inexpérimenté (Macron).

Les sondages ont constitué un assez bon indicateur du résultat final du Front National lors des deux dernières élections en France. Mais après le Brexit et l’élection de Trump, il n’est pas impossible qu’un nombre plus important d’électeurs aillent voter, estimant que cette fois leur voix sera entendue. Le résultat final du Front National pourrait donc être quelque peu sous-estimé, même si le scénario le plus probable reste celui d’une défaite de Le Pen au second tour.

Dans la foulée, la France organisera, les 11 et 18 juin, des élections législatives et la règle veut que le Premier ministre soit issu du plus grand parti au parlement. Quel que soit le vainqueur des élections présidentielles, une période de « cohabitation » - avec un Président et un Premier ministre issus de courants politiques différents - constitue donc une réelle possibilité.

Allemagne : Merkel lasse, mais l’AfD n’est pas la solution

Sur le plan économique, l’Allemagne est un exemple de stabilité et de solidité en Europe. Le chômage y est passé sous la barre des 6 %, la dette publique correspond à un taux de 69,4 % du PIB et le budget public affiche un solde positif de 0,7 %, soit environ 30 milliards d’euros. De quoi laisser une certaine marge pour les baisses d’impôts déjà mises en œuvre à l’heure actuelle. Mais après trois mandats, la popularité de la chancelière Angela Merkel (à la tête de la coalition chrétienne-démocrate CDU/CSU) n’est plus ce qu’elle était. La gestion de la crise migratoire a également laissé des traces, même si l’accord avec la Turquie a fini par reléguer cette problématique au second plan. Sous pression de son partenaire le CSU, et de la progression de l’AfD, Angela Merkel a du reste quelque peu durci son point de vue vis-à-vis des réfugiés.

L’euroscepticisme gagne aussi du terrain en Allemagne, ce dont profite « Alternative für Deutschland » (AfD). Après une lutte de pouvoir interne et la prise de fonction de l’actuelle présidente Frauke Petry, le parti a pris des positions résolument anti-islam. Avec 4,7 % des voix, le parti avait manqué de peu le seuil électoral lors des précédentes élections de 2013 et n’est donc pas encore représenté au parlement fédéral. Mais depuis, le parti a progressé lors des élections régionales avec comme coup d’éclat, un score de 24 % en Saxe-Anhalt.

Même le paysage politique allemand n’est pas sans surprises. Membre de la coalition actuelle au pouvoir, le parti social-démocrate SPD accusait jusqu’il y a peu un net recul. Mais depuis l’entrée dans la bataille électorale de l’ancien président du Parlement européen Martin Schultz fin janvier, le parti semble avoir trouvé un nouvel élan. Le grand avantage de Schultz est qu’il n’est pas encore contesté, étant un nouveau venu dans la politique allemande et est considéré par les électeurs comme une alternative centriste au duo CDU/CSU. Aujourd’hui, les sondages montrent une progression de 5 à 10 % pour le SPD, aux dépens de tous les autres partis. Reste à voir si l’effet Schultz persistera alors que le programme du SPD doit encore être dévoilé.

Les élections en Allemagne auront lieu le 24 septembre, ce qui est encore loin. Des éléments imprévus pourraient encore influencer la bataille électorale, comme les résultats des élections aux Pays-Bas et en France. À ce stade, le scénario le plus probable prévoit que le CDU/CSU et le SPD devraient rester largement en tête.

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