Lundi 25/05/2020

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Le Chinois ou le robot : à qui la faute ?

Chief Economist

Il n’existe pas de consensus au sujet de l’origine des pertes d’emploi au sein de l’industrie manufacturière américaine. Certains regards se tournent vers des pays comme la Chine et le Mexique et rejettent la faute sur la mondialisation. De nombreux observateurs, en réaction contre Trump principalement, ont attribué presque exclusivement la baisse de l’emploi à l’automatisation ces dernières semaines. Qu’en est-il exactement ?

Examinons tout d’abord les chiffres. Entre 1970 et 2000, l’emploi industriel américain est resté relativement stable et a oscillé entre 17 et 18 millions de travailleurs. Une forte baisse a toutefois été enregistrée à partir de l’an 2000 et pas moins de cinq millions d’emplois ont été perdus, dont 1,3 million depuis le début de la Grande Récession. L’industrie connaît généralement des augmentations de productivité plus rapides que celles du secteur des services. Si l’ensemble de l’économie américaine a enregistré une croissance de productivité de près de 20 % entre 2000 et 2015, cette hausse a été deux fois plus rapide dans le secteur manufacturier. Les partisans de la « théorie des robots » semblent donc l’emporter.

Pas si vite !

Un examen minutieux des chiffres met toutefois à mal l’idée selon laquelle la forte hausse de productivité est seule en cause. Une branche de l’industrie manufacturière de taille relativement modeste, à savoir l’informatique (semi-conducteurs et appareils électriques inclus), est responsable de la forte progression de la productivité de l’ensemble du secteur. Si on omet la prestation de haut niveau de l’informatique, cette hausse rapide de la productivité de l’industrie manufacturière se réduit à peau de chagrin. Le deuxième point important est que l’augmentation considérable de la valeur ajoutée du secteur informatique peut s’expliquer par la manière dont les statisticiens calculent l’amélioration sensible de ces produits technologiques. Un ordinateur que l’on achète aujourd’hui coûte peut-être autant que l’année dernière, mais il a davantage de fonctions et est plus rapide. Il s’agit incontestablement d’un progrès technologique, fondé sur la recherche et le développement, mais cette augmentation de la valeur ajoutée n’est pas la conséquence de l’automatisation. Celle-ci  ne fournit pas une explication suffisante pour la disparition de 750 000 emplois dans le secteur informatique américain depuis l’an 2000.

Le rôle de la Chine

D’autres facteurs interviennent. La baisse de l’emploi industriel américain ne peut être dissociée de la montée en puissance internationale de la Chine, et surtout de son adhésion à l’Organisation mondiale du commerce en 2001. Cet événement a provoqué une hausse sensible du déficit commercial des États-Unis à l’égard de la Chine. De manière générale, il existe un lien évident entre les secteurs de l’industrie manufacturière ayant enregistré une forte baisse de l’emploi et les secteurs les plus exposés à la concurrence de l’Empire du milieu. Une étude du MIT révèle que près de 2,2 millions d’emplois ont été perdus entre 1999 et 2011 en raison de la concurrence accrue de la Chine. Trump marque un point. Il est donc exagéré de rejeter entièrement la faute sur l’automatisation.

Trump commet néanmoins une erreur en pensant qu’il pourra rapidement récupérer ces emplois en prenant la Chine pour cible. Les entreprises américaines chercheraient des canaux d’importation alternatifs. Il pourrait bien entendu prendre des mesures à l’égard d’autres pays également, mais le risque de déclencher une guerre commerciale totale, qui ne ferait que des perdants, est réel. Le commerce international est en effet très complexe et les produits sont rarement fabriqués dans un seul pays. Les projets de réforme du système fiscal portés par les Républicains seront eux aussi insuffisants. Ces mesures pourraient entraîner une hausse du dollar et miner la compétitivité industrielle.

En conclusion, la mondialisation a effectivement joué un rôle dans le déclin de l’emploi industriel américain. Il est toutefois très peu probable que Trump puisse récupérer ces emplois perdus en menant une politique protectionniste. Sans oublier que les robots ne resteront pas les bras croisés d’ici là.

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