Mercredi 22/11/2017

Top Header

Langues

L'expérience monétaire indienne

Economiste

Parmi les pays émergents, l'Inde est l'une des économies possédant un potentiel de croissance élevé. Son économie a progressé de 7,5 % en 2016 et sa croissance devrait être identique cette année. Les risques potentiels pour l'économie indienne (ralentissement en Chine, hausses des taux d'intérêt de la Réserve fédérale) restent maîtrisés actuellement. Bien entendu, les responsables politiques doivent relever des défis considérables. Les infrastructures publiques de l'Inde restent dans un état déplorable et le pays figure dans le bas du classement en termes de facilité des échanges commerciaux. La bureaucratie excessive et la corruption ne sont pas, elles non plus, des atouts dans ce domaine. Qui plus est, la tendance mondiale au protectionnisme constitue un défi pour la croissance future de l'Inde.

Démonétisation

Les responsables politiques indiens ont reconnu certains de ces problèmes et s'y sont attaqués par le biais de plusieurs réformes nationales. L'une d'entre elles est la réforme fiscale, attendue de longue date, qui a été approuvée par le parlement indien l'été dernier. La réforme de la taxe sur les produits et les services doit ouvrir la voie à un taux d'imposition simplifié et uniformisé ayant pour objectif d'attirer les investisseurs et de réduire la charge fiscale supportée par les entreprises manufacturières et les consommateurs indiens. La mesure de démonétisation prise en novembre dernier est plus controversée. Dans les faits, le Premier ministre Narendra Modi a annoncé le 8 novembre 2016 que les deux plus grosses coupures, d'une valeur de 500 roupies (6,8 euros) et de 1 000 roupies (13,6 euros), seraient supprimées à partir de minuit. Cette mesure devait, selon les responsables politiques, avoir pour effet de réduire l'économie parallèle et l'utilisation d'argent liquide illicite dans le cadre du financement des activités illégales et du terrorisme.
 

Des conséquences désastreuses

L'économie a subi un choc de grande ampleur, étant donné que ces deux billets représentent près de 85 % des liquidités en circulation, que 90 % des transactions sont réglées en liquide et que l'annonce du gouvernement a pris tout le monde par surprise. La pénurie d'argent liquide a provoqué la panique, la confusion et l'apparition de longues files d'attente devant les banques. Elle a en outre paralysé plusieurs domaines de l'activité économique dans son sillage. L'indice de confiance des entreprises (indice PMI), qui trônait à des niveaux particulièrement optimistes en octobre, s'est contracté vers la fin de l'année. La croissance du crédit des banques commerciales a atteint un plus-bas de trois décennies. Malgré l'importance des objectifs à long terme (lutte contre l'économie parallèle et réduction de la quantité de liquidités dans l'économie), la démonétisation est difficilement justifiable, compte tenu des dommages à court terme que cette mesure radicale a causés à l'économie.

 

En Europe aussi

L'expérience monétaire indienne a des implications plus vastes. L'Inde n'est pas le seul pays à expérimenter la réduction de la quantité de liquidités dans la société. L'année dernière, la BCE a décidé de mettre un terme à la production et à l'émission des billets de 500 euros au motif que ceux-ci seraient de nature à faciliter les activités illégales. Ces billets continueront cependant à avoir cours légal et conserveront toujours leur valeur. C'est pourquoi les effets globaux de l'expérience de démonétisation sur l'économie indienne seront analysés avec beaucoup d'attention dans le monde entier.