Jeudi 09/04/2020

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Trump : un président sans précédent

Chief Economist

Pas vraiment de surprise vendredi lors de l'inauguration de Trump. Ce que nous savions déjà a été confirmé. Trump n’adoucit pas le ton. Ce serait drôle si ce n’était pas si triste. L'Amérique met le cap sur le populisme et le protectionnisme. Les risques de recul du commerce mondial sont considérables. Notre économiste en chef Hans Bevers met en lumière ce à quoi nous pouvons nous attendre, sur le plan économique et commercial.

Trump venait à peine de s’installer dans son bureau ovale à Washington que la Maison Blanche lançait déjà son nouveau site. Une fois encore, on peut y lire que Trump entend créer pas moins de 25 millions de nouveaux emplois. En supposant (ce qui semble peu réaliste) que Trump accomplisse deux mandats présidentiels, cela équivaudrait à une augmentation de pas moins de 260 000 emplois par mois en moyenne. C’est plus du double de la moyenne des trente dernières années. Et cela alors que le marché de l’emploi a déjà connu une reprise significative sous Obama et que le taux de chômage a plongé sous la barre des 5 %. Trump garantit sur son site une croissance de 4 %, bien au-delà de la moyenne des trois dernières décennies, laquelle dépasse de peu les 2,5 %.

Des ambitions colossales

On peut donc déjà affirmer que Trump ne sera jamais en mesure de réaliser ces ambitions colossales. La déception sera plus que probablement énorme. Son grand plan d'infrastructure se révélera illusoire. De nombreux Républicains ne se soucient absolument pas d'améliorer les routes, les gares et les aéroports américains, qui en ont pourtant grand besoin. Surtout si cela doit s’accompagner de nouvelles dettes. À l’exception sans doute de quelques projets public-privé qui profiteront à ses bonnes relations d'affaires. Les réductions d'impôts pour les super-riches constituent bien un pas en avant, mais dans la mauvaise direction. L'Amérique est et reste un pays considérablement marqué par des inégalités. Obamacare passera à la trappe, ce qui, faute d'alternative valable, constitue une erreur grossière.

Et qu'en est-il des réductions d'impôts pour les entreprises américaines ou de la diminution du nombre de réglementations ? S’il s’agit là d’un point positif, l'incertitude quant à leur mise en œuvre est grande et les conséquences pour l'inflation, le dollar et la politique de la banque centrale restent incertaines. Sans compter que Trump et les Républicains ont chacun leur propre idée sur la marche à suivre. Les attentes sont pourtant élevées. Les PME américaines ont connu en décembre un boom de confiance significatif et les marchés boursiers ont déjà bien anticipé. Et comment va-t-il financer tout cela ? Trump n’a-t-il pas promis de réduire la dette publique ?

Tensions internationales

La question la plus importante est probablement de savoir comment concilier sa politique commerciale protectionniste avec des relations durables sur la scène internationale. Aujourd’hui, il ne fait quasiment plus aucun doute que Trump retirera officiellement l’Amérique des accords commerciaux élaborés avec l'Europe et l'Asie. Le Canada et le Mexique peuvent s’attendre à des discussions extrêmement difficiles. Ce qui, à son tour, peut avoir des conséquences pour les exportateurs européens vers le Canada ou le Mexique.

Les relations avec la Chine, deuxième puissance économique mondiale, sont quant à elles d'un autre calibre. À plusieurs reprises déjà, le pays, qui fait face à un difficile exercice d’équilibre économique, s’est retrouvé dans le collimateur de Trump, et ce dernier ne va certainement pas se priver de continuer à le faire. La semaine dernière à Davos, le président chinois Xi s’est érigé en protecteur du libre-échange. Le contraste avec Trump ne saurait être plus grand, même si, lorsqu’on examine sa politique en matière d’entreprises publiques chinoises, Xi manque évidemment de crédibilité. Il touche cependant une corde sensible en déclarant que personne ne sortira vainqueur d’une guerre commerciale.

Un pays n'est pas une entreprise

Malheureusement, Trump estime qu’il faut diriger un pays comme on dirige une entreprise et que l'économie internationale est un « jeu à somme nulle ». En d'autres termes, si la Chine est gagnante, les États-Unis sont perdants par la force des choses, et vice versa. Ce raisonnement est faux. Il est tout à fait possible pour les deux parties de tirer profit de la signature d’accords commerciaux. Si Trump sanctionne les produits chinois de lourdes taxes, les Chinois ne vont pas se contenter de rester les bras croisés. Leur réaction entraînera un recul du commerce. Et tout le monde en pâtira.

On peut évidemment toujours espérer que Trump s'entourera de personnes qui comprennent cela et freineront les élans protectionnistes du nouveau président américain. Ici aussi, il convient cependant de se montrer prudent. Une étude récente du Pew indique que seulement 24 % des Républicains sont en faveur du libre-échange, une diminution notable puisqu’ils étaient encore 55 % en 2014.

Le protectionnisme gagne donc du terrain. Trump se révélera en fin de compte incapable de répondre aux attentes créées en matière de politique économique. On le compare souvent avec Ronald Reagan, disant qu’il surprendra positivement, mais cela ne tient pas debout. À l’époque, les circonstances étaient totalement différentes. En tout cas, avec ce président sans précédent, l’incertitude règne.

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