Jeudi 09/04/2020

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L'économie mondiale entre ancien et nouveau, entre espoir et crainte

Chief Economist

« Certaines années posent des questions, d'autres apportent des réponses », disait l'écrivaine américaine Zora Neile Hurston. Des réponses, 2016 en a fourni quelques-unes... mais non sans poser des questions encore plus nombreuses. Et ce que 2017 nous réserve reste un point d'interrogation. Qui, par exemple, aurait pu prédire en décembre 2010 que le suicide du vendeur ambulant tunisien Mohamed Bouazizi mettrait le feu aux poudres au Moyen-Orient ?

Le mois dernier, la Banque centrale américaine a augmenté son taux directeur, pour la deuxième fois en dix ans seulement. Elle a saisi sa chance, voyant que l'économie mondiale navigue aujourd'hui en eaux plus calmes.

2016 en bref

L'année a pourtant commencé sous des auspices tout sauf paisibles. En janvier, les marchés d'actions ont plongé, notamment suite aux préoccupations persistantes au sujet de la Chine. L'économie américaine a en outre pris un départ décevant à cause d'un hiver rigoureux, d'un dollar fort et d'investissements anémiques dans le pétrole de schiste dus à la dégringolade des prix pétroliers. Pour couronner le tout, les Britanniques ont ensuite émis un vote de protestation contre l'Union européenne, l'immigration et la mondialisation. Pendant ce temps, les taux exploraient de nouveaux abîmes.

Depuis, les chiffres chinois ont peu à peu montré des signes de stabilisation, tandis que la confiance des entreprises et des ménages occidentaux rebondissait au deuxième semestre. Le timide rétablissement économique européen s'est confirmé, sans que même un poids lourd comme Donald Trump ne puisse rien y changer. Dans le sillage de son discours de victoire, le taux a augmenté et les cours des actions ont bondi. Le vote négatif italien a certes fait tomber Renzi, mais sans entacher l'optimisme des marchés financiers.

Et en 2017 ?

L'avenir est par définition incertain. Le poète néerlandais Cees Buddingh l'a exprimé en termes plus forts : « Un économiste est quelqu'un qui ne sait pas non plus. » Et Albert Einstein disait : « Je ne regarde jamais l'avenir, il arrivera bien assez tôt. »

De fait : l'avenir est déjà là. Le référendum a une nouvelle fois mis à nu la vulnérabilité du secteur bancaire italien. Et si les conséquences immédiates du vote du Brexit ont été plus que favorables, n'oublions pas que le processus de sortie n'a pas encore débuté.

Quand à la Chine, si elle a retrouvé son équilibre au cours de l'année du Singe, celle du Coq pourrait à nouveau secouer les marchés financiers. La croissance du crédit et la hausse des prix de l'immobilier particulier dans des villes comme Shanghai et Pékin sont tout simplement intenables.

Trump, avec ses plans pour doubler la croissance américaine à 4%, est encore en pleine ivresse post-électorale. Pour lui, le temps presse avant même le début officiel de son mandat, car il a promis de grands travaux d'infrastructure et d'importantes réductions d'impôts; il devra donc performer rapidement s'il ne veut pas décevoir les marchés financiers. En même temps, il est confronté à un dollar qui ne cesse de se renchérir. De quoi mettre les exportations américaines sous pression et contrecarrer ses projets de donner un nouveau souffle à l'industrie. Dès lors, le risque augmente de voir les réflexes protectionnistes s'aviver, des actions de rétorsion se mettre en place, et la démondialisation s'accentuer.

Quo vadis Europa ?

Les élections aux Pays-Bas, en France et en Allemagne contribuent elles aussi à faire de 2017 une année de défis. Avec l'assise de l'État-providence qui s'est relativement élargie, la crise des réfugiés qui s'atténue quelque peu et la reprise de l'économie européenne, une issue politique fortement déstabilisatrice n'est pas l'hypothèse la plus probable...

Mais la vigilance reste de mise. Le populisme relève la tête, et la partie la plus facile du redressement économique est derrière nous. Le vent économique favorable résultant de la baisse des taux d'intérêt, de la diminution du taux de change de l'euro, du fléchissement des prix des matières premières et de la fin de la rigueur draconienne des années précédentes, faiblit. Pour que le rétablissement économique se poursuive durablement, il faut que les pouvoirs publics européens passent sans tarder la vitesse supérieure dans leur politique d'investissement. Malheureusement, les signaux convaincants sur ce plan se font attendre. La situation au Moyen-Orient, d'autre part, reste critique et l'accord sur les réfugiés avec la Turquie est tout sauf une réussite.

Entre la guerre et la paix

Plus de huit ans après le début de la Grande Récession, l'économie internationale reste aux prises avec ses effets secondaires, d'autant que les tensions politiques et géopolitiques semblent s'accumuler. Le Printemps arabe a fait place à l'hiver, et le président Poutine s'enhardit sur les lignes de front internationales. Enfin, la semaine dernière, la Chine a intercepté un drone sous-marin américain. Bob Dylan, prix Nobel de littérature frais émoulu, a résumé la situation en ces termes : « Il est impossible de penser en termes mondiaux tout en défendant la paix. »

Mais concluons plutôt sur une note d'espoir, comme il sied de le faire lorsqu'on passe de l'ancien au nouveau : que les meilleurs moments de 2016 soient les pires de 2017.

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