Samedi 20/07/2019

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Pourquoi l’Américain moyen a voté pour Trump...

Senior Executive Advisor

Et pourquoi cela pourrait aussi arriver en Europe... Donald Trump a été élu président de la nation la plus puissante du monde. Après le vote Brexit, voici un nouveau résultat qui surprend l’opinion publique et les sondeurs.

On a déjà fait couler beaucoup d’encre sur Trump et sur sa personnalité, mais le fait est qu’il est en passe de devenir le dirigeant des États-Unis et que son parti bénéficie d’une majorité aux deux chambres du parlement, contrairement à son prédécesseur Barack Obama. Mais quel est ce mouvement sociétal qui a porté Trump et qui, tout comme dans le cas du Brexit, a permis sa réussite électorale ? Mais surtout, pourquoi ne faut-il pas croire qu’une telle évolution est impossible en Europe continentale ?
 

Wall people versus web people

Comme nous l’écrivions déjà dans notre blog du 13 septembre, tout vient de la différence, décrite par Friedman dans le New York Times, entre les « web people » et les « wall people » aux passions attisées par la stagnation des salaires et l’inégalité croissante des revenus.

Les wall people (gens du mur) sont le segment de la population qui se sent mis à mal par le bouleversement rapide de la société mondiale. Ils se sentent menacés par les étrangers qui prennent leur emploi, par l’économie mondiale qui menace de « délocaliser » leur métier à l’étranger ou, pire encore, de les remplacer entièrement par la technologie.

Face à eux, les web people (gens du réseau) qui s’épanouissent dans cette nouvelle société mondialisée. Ils ont une perspective internationale, croient en la création de réseaux et ont foi dans le libre-échange et la concurrence. Les web people sont tellement habitués au mode de société actuel et à cette perspective que personne n’a vu venir la réussite de Trump, personne n’a accordé une attention suffisante à ce sentiment de malaise qui couvait dans la plus grande économie du monde.

Trump a été élu par les wall people (littéralement, puisqu’il prévoit de construire un mur le long de la frontière mexicaine) Les classes ouvrières et les classes moyennes américaines ont assisté à l’érosion ou à la stagnation de leurs revenus réels parallèlement à une envolée des inégalités (voir graphique). Ces personnes entendent parler de croissance économique et de réussites, mais au quotidien, elles ont de plus en plus de mal à joindre les deux bouts au milieu d’une société de plus en plus cosmopolite.

Joe Sixpack… en Europe aussi

Aux États-Unis, ce sont surtout les plus riches qui ont récolté les fruits de la croissance économique ininterrompue depuis 2009. Trump est lui-même un homme d’affaires prospère, mais il a axé son programme entièrement sur le rétablissement de l’emploi et sur le bien-être de « Joe Sixpack », l’Américain moyen.

Cette lame de fond sociale n’est pas présente uniquement aux États-Unis. Elle explique aussi la popularité croissante des discours favorables à plus de protectionnisme et d’autonomie nationale. On aurait tort de croire qu’un tel phénomène n'est pas possible en Europe continentale. Ainsi, l’étude de McKinsey « Poorer than their parents ? » révèle que dans les 25 économies les plus avancées (dont la Belgique), le revenu réel de marché (revenus des salaires et du capital corrigés en fonction de l’inflation) a chuté pour 65-70 % des ménages par rapport à 2005.

Dans cette même enquête McKinsey, les membres de ce groupe, qui ont le sentiment de ne pas progresser sur le plan financier, sont deux fois plus nombreux à affirmer que l’immigration légale sape la culture et la cohésion de leur communauté. Plus de la moitié d’entre eux affirment que l'afflux de biens et de services de l’étranger provoque des pertes d’emplois dans leur pays et une concurrence déloyale.

Il ne suffit pas toujours de générer de la prospérité et de la croissance : le sentiment d’identité, de justice et d’appartenance à un groupe reste indispensable. Cette problématique se pose aussi dans l’Union européenne.

Il est plus important que jamais que les responsables politiques parviennent à expliquer les avantages du libre-échange, de la collaboration internationale et des coalitions à la population. Dans le cas contraire, la réussite du camp Brexit et de Trump ne sera qu’une première étape vers une économie mondiale marquée davantage par le protectionnisme et l’autonomie nationale.

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