Dimanche 22/09/2019

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L'homme contre la machine 4.0

Chief Economist

Généralement, les progrès technologiques s’accompagnent d’une crainte de voir des emplois disparaître. Keynes parlait déjà en 1930 du phénomène du chômage technologique. Dans la droite ligne de cette tendance, la récente vague de licenciements dans les secteurs de l’industrie et des finances a remis ce sujet brûlant à l’ordre du jour. Il n’existe toutefois jusqu’à présent pas la moindre preuve que les progrès technologiques ont détruit des jobs nets, du moins pas dans une perspective à long terme. La situation sera-t-elle différente cette fois-ci ?

Lorsque la main-d’œuvre est remplacée par le capital, on assiste à un effet de substitution. S’il n’y avait qu’une quantité fixe d’emplois (lump of labour) disponibles, le chômage augmenterait toute autre chose étant égale par ailleurs. Le plus souvent, la réalité est néanmoins beaucoup moins statique. Les avancées technologiques faisant progressivement diminuer les prix des biens et des services, les revenus réels augmentent, ce qui suscite à son tour une demande en nouveaux biens et services, faisant ainsi reculer le chômage. C’est l’effet de compensation, qui explique pourquoi il était par le passé toujours question d’un « lump of labour fallacy  » à cet égard.

Qui gagnera ?

Il va de soi que les changements technologiques ont un impact sur le marché du travail et notamment sur le type d’emplois. Dans ce cadre, il est fait référence à l’érosion du marché du travail, sachant que ce sont surtout les fonctions les plus et les moins qualifiées qui sont les moins sensibles aux changements. Il est en revanche plus difficile pour les jobs « entre les deux » d’y échapper. Toutefois, les personnes touchées ont pu généralement trouver une nouvelle place sur le marché de l’emploi en suivant une nouvelle formation lorsque le mécanisme de compensation décrit ci-devant s’enclenche. L’être humain a ainsi pu à chaque fois conserver une longueur d’avance dans sa « course contre la machine ». On pourrait s’attendre à ce que l’histoire se répète encore à l’avenir.

Mais il se peut tout aussi bien que nous nous fourvoyons et que l’issue soit cette fois totalement différente. Par le passé, les machines libéraient généralement les humains d’efforts physiques, comme avec le travail à la chaîne ou les excavatrices. Mais désormais, ce sont de plus en plus souvent des tâches cognitives qui sont concernées. Il y a déjà 20 ans, l’ordinateur mettait l’homme échec et mat. L’an dernier, il le battait dans une partie du jeu asiatique très intuitif « Go », où le nombre de combinaisons possibles est supérieur à celui des atomes de l’univers. Nous nous trouvons aujourd’hui dans le domaine des Big Data, de l’intelligence artificielle et de la robotique avancée, ladite quatrième révolution technologique. Mais la grande question reste de savoir qui aura raison. Les « techno-pessimistes », les « techno-optimistes » ou les « techno-inquiets » ?

  • Le premier groupe, comptant entre autres l’économiste américain Robert Gordon, pense toutefois que la période ultérieure à 1970 fut beaucoup moins exceptionnelle que les cent années précédentes, qui purent profiter d’inventions telles que le chemin de fer, le bateau à vapeur, le télégraphe, le moteur à combustion ou le développement du réseau électrique. Il ne compte donc pas sur un grand bond de productivité.
  • Le deuxième groupe, en revanche, estime que nous ne sommes pas encore au bout de nos surprises et souligne les grandes percées technologiques et l’amélioration rapide du bien-être.
  • Les « techno-inquiets », enfin, sont surtout préoccupés par l’emploi et les inégalités.

Une question de survie

Il reste pour l’instant difficile de prévoir à quelle vitesse cette (r)évolution numérique se poursuivra et quelles en seront les conséquences sur notre bien-être. Il semble cependant qu’il deviendra plus difficile de maintenir à chaque fois une longueur d’avance sur les machines. « If you can’t beat them, join them ». Nous n’avons pas d’autre choix que d’embrasser la technologie, à condition bien entendu d’assurer un accompagnement intense des retardataires. Vu les nombreuses réactions ayant suivi la vague récente de licenciements, certains politiciens n’ont pas encore entamé ce virage. Les regards étonnés suscités par chaque annonce de licenciements devraient plutôt laisser la place à une politique engagée et de prise d’initiatives. Mais de nombreuses entreprises privées restent aussi coincées dans l’histoire de la vache qui regarde passer le train. La seule chose actuellement certaine : ce sont les faucons numériques (pays, secteurs ou entreprises) qui pourront suivre ce train le plus longtemps.

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