Samedi 15/06/2019

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L'épargnant et le contribuable

Head of Macro Research

A retenir :

  • La BCE impose des taux d'intérêt négatifs, ce qui rend le rendement réel négatif sur les comptes d'épargne.
  • Cela ne conduit pas à une plus grande consommation, mais plutôt à un comportement d'épargne. L'augmentation des volumes d'épargne le démontre.
  • Les taux d'intérêt bas servent surtout à maintenir la dette abordable. L’épargnant devient indirectement le contribuable.

La Banque centrale européenne crée des déluges de monnaie mais veut éviter que cette dernière lui soit retournée : elle pénalise donc les dépôts des banques sur son propre bilan en imposant des taux d’intérêt négatifs. En d’autres termes, face à une faible croissance et à une inquiétante chute de l’inflation, qui mesure elle-même le niveau d’activité, la BCE impose des taux d’intérêt négatifs aux banques qui, à leur tour, les répercutent dans toute l’économie. C’est ainsi que le taux sur les carnets de dépôts réglementaires est tombé au minimum légal de 0,11 %, ce qui conduit à un rendement réel de -2 %, puisque l’inflation est actuellement supérieure à 2 % en Belgique. Des taux d’intérêt négatifs devraient théoriquement conduire à stimuler la consommation puisque l’argent épargné se détruit lui-même.

Dysfonctionnement
Cela stimule-il la consommation ? Absolument pas. C’est une mystification complète. C’est même le contraire : face à des taux d’intérêt très bas ou négatifs, les particuliers épargnent plus pour compenser la faiblesse de la rémunération de l’épargne. On le constate depuis 2008 : les encours des carnets de dépôts ont été démultipliés alors que les taux d’intérêt baissent. C’est d’ailleurs intuitif. Imaginons le cas d’un épargnant belge qui dispose de 10.000 € sur un carnet de dépôt. Son taux d’intérêt réel, après inflation, est de -2 %. Il perd donc 200 € par an, sans compter les frais bancaires. Croit-on réellement que cet épargnant va dépenser 200 € qui sont perdus à cause de la faiblesse des taux d’intérêt ? Aucunement, puisque même s’il le faisait, il continuerait à perdre de l’argent sur les 9.800 € restants. Il aurait donc dépensé 200 € et perdu 196 €, c’est-à-dire 2 % de 9.800 €. Cet épargnant va sans doute être incité à conserver son épargne, voire à l’augmenter, pour se protéger des aléas du futur. Plus généralement, les taux d’intérêt négatifs ont une lourde portée psychologique : on sent, on sait que le système financier dysfonctionne.

En vérité, on doit s’interroger sur la véritable intention des taux d’intérêt négatifs. Ceux-ci n’ont qu’un seul objectif : permettre aux Etats de refinancer leur dette publique à des conditions extrêmement favorables. Or ces dettes publiques se sont embrasées depuis la crise de 2008. Les taux d’intérêt bas ou négatifs permettent donc de limiter la charge budgétaire du paiement des intérêts sur la dette publique. Et c’est à ce niveau qu'indirectement, l’épargnant belge s’y retrouve : il perd de l’argent sur son épargne mais il ne doit pas payer plus d’impôt puisque l’État se finance à un coût réduit. En simplifiant outrancièrement les choses, on pourrait dire que l’épargnant subsidie le contribuable, en sachant que ce sont souvent les mêmes individus.

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