Mardi 17/09/2019

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Les leçons – provisoires – de la Grande Crise Financière

Chief Economist

En novembre 2008, deux mois à peine après la faillite de la banque d’affaires américaine Lehman Brothers, la Reine Élisabeth II d’Angleterre visitait la prestigieuse London School of Economics pour l’inauguration d’un nouveau bâtiment. Abasourdie par ce qui se passait alors sur les marchés financiers du monde entier, elle demanda à l’un des professeurs présents pourquoi personne n’avait vu venir ce malaise.

Comment est-il possible que seuls quelques-uns aient vu venir la Grande crise financière ? Comment l’éclatement de la bulle immobilière américaine a-t-il pu contaminer le système financier mondial et pousser le capitalisme au bord du gouffre ? Comment expliquer que près de huit ans après la chute de Lehman Brothers, la reprise économique mondiale reste aussi faible et que les taux directeurs des principales banques centrales soient proches de 0 %, voire négatifs ? Quelles leçons économiques provisoires pouvons-nous tirer à ce stade de la décennie écoulée ?

Beaucoup de choses ont été écrites sur les causes de la Grande crise financière. D’une manière générale, il est admis que plusieurs éléments, qui se sont par ailleurs influencés de différentes manières, ont joué un rôle. Le coeur du problème en 2008 trouve son origine dans la dérégulation et le shadow banking. L’opacité de celui-ci explique pourquoi très peu ont vu venir la crise. Une fois que les contours de cette crise systémique sont devenus plus clairs, il a été possible, à partir des connaissances économiques disponibles, de ramener relativement rapidement l’économie mondiale dans des eaux plus calmes. Une politique budgétaire et monétaire expansionniste a alors permis d’éviter une nouvelle Grande dépression.

Mais malgré ces premiers résultats positifs, les vieilles visions économiques sont ensuite tombées aux oubliettes. Des idées comme « l’austérité expansionniste » ou la « limite de 90 % d’endettement » ont pu compter sur une grande attention, mais ne reposaient pas sur des bases théoriques suffisantes. La crainte que des mesures monétaires non conventionnelles comme l’assouplissement quantitatif ne débouchent rapidement sur une inflation excessive a peut-être retardé l’intervention de la BCE, obligeant celle-ci à miser à l’excès sur les économies budgétaires. L’absence d’une monnaie propre et l’impossibilité de faire baisser encore un peu plus des taux déjà à zéro font que les économies ont pesé lourdement sur la croissance, améliorant ainsi à peine la situation budgétaire.

Au contraire, dans une situation de trappe à liquidité, il est judicieux de miser plus sur les investissements publics. La raison est que dans ce cas, la politique monétaire perd très nettement de son efficacité et que les multiplicateurs budgétaires sont plus grands qu’en temps normal en l’absence d’un effet de crowding-out. Une politique budgétaire plus expansionniste peut donc contribuer à sortir l’économie de l’impasse. La question la plus importante ne consiste donc pas à savoir pourquoi si peu ont vu venir la crise, mais plutôt pourquoi les idées du passé ont été si facilement ignorées.

Le problème n’est pas que les bons modèles économiques n’existaient pas, mais qu’ils n’ont pas été utilisés suffisamment. Un modèle IS-LM simple constitue un bon point de départ pour mieux comprendre le monde après 2008, même si ces théories datent déjà des années trente du siècle précédent. Même s’il ne s’agit certainement pas d’un modèle infaillible ou permettant de tout expliquer, il n’en permet pas moins de tirer plusieurs leçons certes provisoires mais aussi importantes des dernières années. Il explique aussi pourquoi, près de huit ans après la chute de Lehman Brothers, la reprise économique reste aussi maigre, pourquoi le risque de déflation subsiste et pourquoi les taux sont historiquement faibles.

Cliquez ici pour une analyse plus approfondie. L’objectif de ce chapitre n’est toutefois pas d’analyser la crise jusque dans ses moindres détails, mais bien d’esquisser une image plus large. L’accent sur le caractère provisoire des leçons à tirer n’est du reste pas sans importance dans la mesure où la Grande récession fera encore l’objet de nombreuses études académiques pendant de nombreuses décennies. Il ne sera donc pas question ici de bilan final définitif.

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