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Coupes à la hache ou investissements, le gouvernement devra bien réfléchir

Senior Executive Advisor

Dans les prochaines semaines, le gouvernement devra stabiliser le budget dont les premières informations confirment un dérapage. C’est une tâche ardue eu égard au contexte économique récessionnaire et aux conséquences, encore imprécises, du Brexit. Le contexte de la zone euro, caractérisé par le déclenchement des procédures pour déficit excessif à l’encontre de l’Espagne et du Portugal, n’est pas non plus indifférent.

 

En effet, deux visions s’opposent dans la zone euro, à savoir une logique budgétaire austère, émanant essentiellement des pays du Nord dont la vision monétaire est quasiment déflationniste et récessionnaire, et une demande de souplesse émanant des pays du Sud (essentiellement le Portugal, l’Italie mais aussi indirectement l’Espagne) dont les économies ont été particulièrement accablées entre 2011 et 2014 dans le sillage des politiques de dévaluations internes et d’euro fort qui ont fait basculer une frange de la population dans le chômage. La Belgique ressortit aux pays du Nord, encore qu’une différence entre le nord et le sud du pays est incontestable.

Le gouvernement a tout intérêt à bien réfléchir et à prendre suffisamment son temps avant de fixer le(s) prochain(s) budget(s). Jusqu’à présent, il a en effet mené une politique budgétaire sans accent très précis. Quelques chiffres suffisent pour s’en convaincre. Le solde budgétaire primaire (solde budgétaire hors charges d’intérêts) devrait ainsi, pour la première fois depuis de nombreuses années, être négatif en 2016 (- 0,2% du PIB). Notons aussi que sous le gouvernement Di Rupo, le solde budgétaire avait connu une amélioration structurelle de l’ordre de 1,3% en 2012-2013. Depuis, ce solde budgétaire structurel a à peine changé.

Le point de vue de Bruno Colmant (interview Canal Z - 22 août 2016) :

En 2018, le gouvernement fédéral doit encore fournir une économie structurelle d'environ 3,2 milliards. Si l’on ajoute l'effort requis de 2,4 milliards indiqué par le comité de monitoring pour 2016-2017, cela nécessite un effort minimum de 5,6 milliards pour atteindre l'équilibre structurel en 2018 sur le budget fédéral. Avec certains investissements cycliques observés dans la course aux élections locales en 2018, nous arrivons rapidement à un niveau d'effort de 7 milliards pour 2016-2018, tous gouvernements confondus. Pour donner une idée de l'ordre de grandeur : 7 milliards d’euros de recettes budgétaires équivaut à abolir l'armée trois fois, ou licencier l’ensemble des fonctionnaires fédéraux, ou encore abolir pendant un an les prestations de chômage et la retraite anticipée. Un effort colossal donc.

Une partie de l’explication se trouve dans le coût du « tax shift », à moins qu’il ne s’agissait là que d’une raison pour augmenter les dépenses publiques en comptant sur un retour sur investissement... Dans le cadre d’une approche keynésienne, cela n’aurait pas été illogique.
Le problème ici est qu’il n’y a pas eu de communications en ce sens. On donne l’impression que d’énormes économies ont déjà été effectuées et que le citoyen a déjà beaucoup donné. Or, les chiffres montrent que le revenu disponible du citoyen a augmenté graduellement depuis 2011 – exception faite de 2013. Ce problème de perception a pour effet de réduire sensiblement le soutien de la société pour de nouvelles économies, sans que celles-ci aient réellement été mises en œuvre.

Des choix clairs s’imposent plus que jamais, avec deux voies possibles :

1. Coupes à la hache : le gouvernement décide de mettre définitivement de l’ordre dans le budget et applique une politique budgétaire draconienne, ce qui devrait alors conduire à un équilibre budgétaire structurellement crédible en 2018. Bien sûr, cela supposera de s’attaquer à plusieurs tabous, comme le mécanisme de l’index, le système de sécurité sociale, les taux de TVA, la politique d’activation, etc. De quoi provoquer également une certaine agitation sociale et miner la déjà fragile croissance économique.

2. Investissements : le gouvernement change totalement de cap. L’État belge emprunte à 8 ans à un taux négatif, ce qui peut être considéré comme une sorte d’argent « hélicoptère ». Le gouvernement renonce à l’équilibre budgétaire prévu en 2018 et opte pour une stratégie d’investissement. Un des grands problèmes de la Belgique est en effet que son niveau de croissance potentielle se situe autour de 1 à 1,5%, ce qui est trop faible. Une politique d’investissement intelligente pourrait améliorer notre niveau de croissance potentielle. Pareille politique d’investissement exige une réflexion approfondie et pourrait par exemple se concentrer sur les infrastructures et la mobilité, une baisse des charges sur le travail ou des investissements dans l’enseignement, … Tout l’art dans ce cas consistera à convaincre la Commission européenne, mais nous ne serons pas les seuls. Les Pays-Bas et l’Irlande ont ainsi annoncé d’importantes réductions fiscales et l’Italie va également augmenter ses dépenses publiques. Ces pays ont toutefois déjà fourni des efforts budgétaires structurels bien plus importants que la Belgique ces dernières années.

Quelle que soit l’approche budgétaire choisie, elle devra surtout être crédible et offrir des perspectives. Coupes à la hache ou investissements, le choix s’impose plus que jamais.

Cet article a également été publié dans le quotidien De Standaard le 18 août 2016.

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