Mercredi 26/06/2019

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Le marché de l’art contemporain : bulle ou maturité ?

Head of Art Advisory

A l’aube de la TEFAF, la plus importante foire d’art au monde qui ouvrira ses portes le 11 mars prochain, quel est l’état du marché de l’art contemporain dans le climat de forte volatilité que nous connaissons aujourd’hui ? Ce marché est-il devenu mature ou sommes-nous à l’aube d’une bulle ? Interview avec Hubert d’Ursel, conseil Art Banking chez Banque Degroof Petercam.

Quels sont les éléments de cette maturité ?

Tout d’abord, j’entends par « marché à maturité » un marché de prix élevés où les nouveaux acheteurs deviennent moins nombreux et ou les « anciens » nouveaux acheteurs achètent de manière plus réfléchie. Outre l’arrivée des nouveaux millionnaires de Russie, d’Ukraine, du Golfe, de Turquie qui remonte à avant la chute du prix du pétrole, il y a l’entrée de la Chine dans l’art moderne et contemporain occidental, après des années d’achats exclusivement d’art chinois. Ce marché de l’art contemporain est maintenant totalement globalisé.

Cette maturité du marché contemporain s’illustre bien dans les ventes de novembre 2015 à New York qui ont connu un net ralentissement après des hausses de prix exceptionnelles de 2000 à nos jours. C’est un très long cycle de hausse qui a pris fin, sans pour autant s’effondrer. Les ventes du soir d’art contemporain cumulées de Christie’s et Sotheby’s à NY ont quand même réalisé 1,2 milliard de dollars, soit une baisse de 24 % par rapport à la même période en 2014 ! On ne peut parler d’un effondrement mais d’un marché devenu plus sélectif, plus mature.

Certes, il y a encore des records, tel Nurse (1964) par Roy Lichtenstein échangé à 95,3 millions de dollars en mai dernier à New York, mais l’arbre cache la forêt. Un autre indicateur : les ventes d’art contemporain dites « day sales » ont baissé à New York de 5 % entre le premier et le second semestre 2015.

Source : Art Market Monitor.

Début février 2016 eurent lieu les ventes modernes et contemporaines de Londres, également un grand test pour le marché. Le constat fut le même qu’à New York : bonne résistance des classiques de l’art moderne et impressionniste et forte baisse du volume des transactions chez les contemporains, sans pour cela accompagné d’un effondrement des prix.

Voyez-vous d’autres points importants qui illustrent cette maturité ?
Oui, en novembre 2015, pour la première fois depuis 2010, le volume des transactions du marché de l’art contemporain est repassé en dessous de celui de l’art moderne et impressionniste. C’est un signal fort qui illustre un certain malaise dans la valorisation de certains artistes contemporains hyper médiatisés !

Un exemple de baisse est bien illustré par Quadruple Marilyn d’Andy Warhol acheté 38,2 millions de dollars en 2013 chez Philips par le financier Turc Kemal Cingillioglu, et vendu en novembre 2015 chez Christie’s pour 32 millions de dollars . Christie’s avait garanti ce Warhol pour 40 millions de dollars, d’où une perte de 4 millions de dollars après commission !

La vente Taubman, un test grandeur nature pour le marché de l’art ?        
En novembre 2015 chez Sotheby’s, la vente du soir « Masterworks » de la collection de l’ancien propriétaire et président Alfred Taubman qui fut médiatisée à l’extrême pour sa qualité et son ampleur  a généré la bagatelle de 377 million de dollars . Nous sommes sous l’estimation basse de 400 millions et très loin de la garantie de 500 millions offerte aux héritiers Taubman ! Les quelques ventes qui suivirent - des lots moins importants de la collection - n’ont fait que diminuer la perte subie par l’auctioneer.

Le marché approche clairement de sa maturité. Sont applaudis sur le marché les chefs-d’œuvre incontestables, tandis que sont sanctionnées les œuvres moyennes des grandes signatures, même dans les cas d’une provenance de premier niveau.

Qui sont les nouveaux acheteurs d’art contemporain ?
Les nouveaux acheteurs d’art contemporain occidental sont très nettement issus des pays émergents comme la Russie, les pays du Golfe, l’Inde, la Turquie, le Brésil. On peut dire qu’ils sont actifs depuis une dizaine d’années. Les Chinois sont eux hyperactifs dans la catégorie des artistes chinois contemporains, et depuis peu dans les artistes modernes occidentaux.

Cette tendance d’arrivée de nouveaux acheteurs des pays émergents s’est nettement ralentie depuis la chute brutale du prix du pétrole après l’été 2015. Rien que Abu Dhabi et le Qatar sont réputés acheter chacun pour 2 à 3 milliards de dollars d’art par an, des estimations qui précèdent la chute du pétrole brut. Les Russes ont eux pratiquement disparus des ventes d’art de prestige et nous notons également le fort ralentissement du marché de l’art en Chine où le volume des transactions a chuté de 30 % de 2014 à 2015.

Avez-vous pu établir une corrélation entre l’art contemporain et les marchés financiers ?
Non, l’art contemporain est un marché très spécifique dont les paramètres sont très influencés par la mode et, contrairement aux marchés financiers , par définition, très illiquide.

On peut estimer que lors d’une crise financière et boursière de haute volatilité, l’art devient pour certains une valeur refuge, d’où la montée spectaculaire des prix de 2009 à nos jours. Cependant, depuis novembre dernier, un déclin des prix et du volume des transactions est notoire.

Source : Artprice.

Copyright: MUSE auction.

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