Mardi 21/01/2020

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Keith à Knokke

Marketing & Communication Consultant

C’était en 1987, un été comme un autre à Knokke le Zoute. Sauf que cet été-là, Keith Haring, déjà célébrissime, fut invité à exposer au Casino de Knokke.

C’est Roger Nellens, amateur, Zoutois de cœur et grand collectionneur, qui a eu cette idée folle d’inviter Keith Haring. Il l’a invité car il souhaitait suivre le modèle de son père Gustave Nellens. Celui-ci avait attiré les plus grands au Casino : Picasso (1950), Matisse (1952), Magritte (1962) et Miró (1971). Après les succès incontestés de Niki de Saint Phalle (1985) et de Jean Tinguely (1986), Roger Nellens cherchait d’autres talents à présenter au public belge. Et c’est vers Keith qu’il s’est tourné. Keith représentait la jeune génération de talents, la nouvelle expression, libre et murale.

« Comme chez lui »

A l’époque, Keith Haring exposait parfois l’une ou l’autre de ses œuvres à la Galerie 121, que dirigeait Emmy Tob à Anvers. C’est grâce à elle, à Tinguely et au collectionneur Roger Nellens que l’artiste fut contacté et qu’il accepta cette invitation. Malgré sa célébrité déjà mondiale, Keith était un garçon simple et très accessible. C’est d’ailleurs ce qui lui fait dire dans son journal en parlant de ses séjours à Knokke durant trois ans entre 1987 et 1990 qu’il « se sentait chez lui ». Etait-ce l’ambiance knokkoise où l’on sait à quel point l’art possède une place prépondérante ? Ou est-ce notre décontraction bien belge qui apportait à Keith Haring ce sentiment de plénitude qui lui offrait toute liberté d’exprimer son art de la rue… sur la plage. Il est intéressant de savoir qu’il n’avait apporté aucune œuvre des Etats-Unis. C’est donc in situ qu’il a créé de toutes pièces, entre mars et juin 87, l’ensemble de son exposition au Casino. 

« Je fais mes valises et me fais conduire à Knokke. 
Nous visitons l’endroit qui me servira d’atelier -un vieux salon de thé appelé le Pingouin. Il est situé juste à côté du Casino,
devant l’océan, avec les fenêtres qui donnent sur la rue. »
(journal de K. Haring, mars 1987)

Un container mythique

Mais que reste-t-il de ces années-là et des œuvres de Keith Haring ? À l’époque, tout le monde voulait posséder un petit quelque chose de Keith, ne fût-ce qu’un dessin, une signature sur un vêtement, un conteneur, un souvenir.

On retiendra surtout la fresque sur le container du club de surf au Zoute. Peint en une seule journée, avec deux pots de peinture noire et rouge, Haring  nous montre une scène avec des surfeurs qui chevauchent les vagues et qui se fracassent, avançant vers la bouche d'un dieu marin, monstrueux qui les dévorera sûrement. Keith a dessiné sur ce container pour faire plaisir aux jeunes fanas du surf. C'était sa manière d'exprimer la joie de vivre d'une certaine jeunesse du Zoute. En offrant cette œuvre, il croyait laisser un monument pour longtemps. Si ce container est resté longtemps planté dans le sable, la surenchère des prix des œuvres de Keith a sans doute poussé les propriétaires à le vendre. Il fut mis aux enchères plusieurs fois. Aujourd’hui, sa trace se perd chez un heureux collectionneur privé qui préfère rester anonyme. Il reste également l’intérieur du Dragon de Niki de Saint Phalle dans les jardins de la villa des Nellens. Keith avait spécialement demandé la permission à Niki de décorer l’intérieur de cette œuvre magistrale.

On retiendra surtout du passage de Haring à Knokke, une époque où l’art avait une place à part ; peut-être un peu moins marchande qu’aujourd’hui.

Retrouvez tous les détails de l’exposition Keith Haring à Bozar ici

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