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Cinq leçons macroéconomiques à tirer de la crise du coronavirus

Par Hans Bevers - Chief Economist
La crise du Covid-19 n'est pas encore terminée. Et pour une évaluation finale et globale de l'impact socio-économique, il est encore trop tôt. Toutefois, au niveau macro, nous pouvons déjà en tirer un certain nombre de leçons importantes.

1. La crise du Covid-19 est un choc de nature exogène

Les récessions n'arrivent pas par hasard. Depuis le début du XXe siècle, nous pouvons distinguer grosso modo trois grandes causes : la guerre, l'inflation et les bulles. Après la stagflation des années 70 et la réponse de politique monétaire anti-inflationniste qui a suivi, ce fut principalement la combinaison d'une très large dérégulation financière et de la libéralisation des flux de capitaux internationaux qui a causé des problèmes économiques et financiers. Les crises en Amérique latine (années quatre-vingt), au Mexique (1994), en Asie du Sud-Est (1997), en Russie et au Brésil (1998), en Turquie (2001) et en Argentine (2002) se sont succédées à un rythme effréné en raison des entrées et sorties de flux financiers spéculatifs. La crise des valeurs technologiques (2000), la Grande Crise Financière (2008-2009) et la crise de l'Euro (2010-2012) s'inscrivent également dans ce tableau. À l'approche de ces crises, nous constatons toujours beaucoup d'optimisme, souvent accompagné d'une forte accumulation de dettes dans le secteur privé. Et chaque fois l'euphorie et la stabilité apparente cèdent la place au pessimisme et à l'instabilité. L'incertitude imprègne le cœur du système financier, suscitant une crise du crédit qui contamine alors l'économie réelle. Nous parlons de crises endogènes. La crise du Covid, en revanche, est fondamentalement différente. Elle est de nature exogène car causée par un choc externe : un virus très contagieux et puissant.

2. Les gouvernements ont un rôle stabilisateur crucial

Cette distinction est importante. L'absence de grandes bulles spéculatives suggère, qu’une fois le virus sous contrôle, une reprise économique rapide se fera, comme lors des précédentes pandémies. L'intervention rapide des gouvernements pour amortir le choc économique, sous-tend ceci. Ce choc a été, bien sûr, incroyable. Au cours du premier semestre, les économies des États-Unis et de la zone euro se sont contractées respectivement de 10,1 % et 13,8 %. En comparaison, dans les six mois qui ont suivi la chute de Lehman Brothers, la contraction n'était "que" de 3,3 % et 4,1 %. Nous avons d'abord vu des chiffres similaires "plus modestes" après le crash boursier d'octobre 1929. Cependant, le contraste entre l'approche politique du début des années 30 et celle de la crise du Covid-19 ne peut cependant pas être plus grand. À cette époque, une politique monétaire et budgétaire stricte a été maintenue. Le résultat en fut qu’entre 1929 et 1933, l'économie américaine s'est contractée de près de 30 %, le chômage est passé à 25 % et les prix ont chuté de plus de 5 % par an. En 2020, comme en 2008, les gouvernements et les banques centrales ont réagi beaucoup mieux. Sans la coopération intense entre les responsables de la politique budgétaire et monétaire, en tant que "payeurs et prêteurs en dernier recours", les dommages économiques auraient été beaucoup plus importants et aussi beaucoup plus permanents.

3. Rompre avec les dogmes concernant la dette publique

Les rapports alarmistes concernant la viabilité de la dette publique dans les économies occidentales ont longtemps été populaires, mais largement infondés. Ce n'est pas tant le niveau du ratio d'endettement qui importe, mais l'interaction entre trois variables macroéconomiques. Il s'agit du solde budgétaire hors paiements d'intérêts (ou solde primaire), du taux d'intérêt implicite sur l'encours de la dette publique et de la croissance nominale future (croissance réelle plus inflation). Si nous appliquons cela à la situation belge, nous pouvons bien sûr constater que le déficit primaire important (9,5 % du PIB), combiné au ralentissement économique majeur de cette année (8 %), entraîne une augmentation initiale significative du taux d'endettement (de 100 % à 120 % du PIB). Toutefois, la faiblesse prolongée des taux d'intérêt, le fait que notre pays puisse désormais emprunter sur dix ans à des taux négatifs (-0,4 %), ainsi que l'espoir que le déficit primaire diminuera sensiblement dans les années à venir dans un contexte de reprise économique, sont autant de facteurs de soutien. Dans le scénario de base, le taux d'endettement se stabilisera relativement rapidement avant de diminuer progressivement par la suite. En effet, la croissance nominale sera nettement supérieure à la charge d'intérêt implicite. Cela ne signifie d'ailleurs pas qu'il ne puisse y avoir de débat sur l’efficience des dépenses publiques. Mais il s'agit actuellement d'une discussion d'un autre ordre.
Tout comme pour les grandes percées technologiques du passé, nous constatons une fois de plus que de grandes réalisations sont possibles lorsque marché et gouvernement joignent leurs efforts.

4. Il n'y a pas de compromis entre la santé et l'économie.

Au troisième trimestre, l'activité économique dans les pays de l'OCDE a augmenté de 9 %. Cela n'a été possible que grâce à la réduction de la pression sur le système de santé, condition essentielle pour assouplir les restrictions de confinement. Au début, cependant, de nombreux observateurs ont souligné l'arbitrage qui existerait entre la santé de la population et l'économie. Mais plusieurs études concluent que ce compromis n'existe pas. Il ne s'agit pas de la santé ou de l'économie. C'est les deux. Les responsables politiques suédois ont donné au virus une grande marge de manœuvre, mais cela n'a pas amélioré les performances économiques. Alors que l'économie suédoise s'est contractée de 8,1 % au cours du premier semestre, les économies du Danemark, de la Norvège et de la Finlande ont chuté respectivement de 8,3 %, 6,7 % et 5,7 %. Malheureusement, il y a eu jusqu'à cinq à dix fois plus de décès en Suède. Nous constatons également que le pays a très récemment eu recours à des mesures plus drastiques. La forte reprise économique en Chine, après que le virus y ait été pratiquement contenu, en est une autre illustration. À titre de comparaison, la deuxième vague d'infections a de nouveau frappé l'économie européenne au quatrième trimestre. Et la troisième vague aux États-Unis n'est pas non plus de bon augure. Il est désormais clair que la peur du virus lui-même et l'incertitude associée sapent l'activité économique. Les recherches confirment que cela se produit avant même que les mesures de confinement officielles ne prennent effet.

5. L’approche et la gestion de la crise du covid-19 font la différence

Ce que nous avons décrit ci-dessus, ainsi que la nature typiquement exponentielle d'une épidémie virale, montre qu'il est crucial d'agir de manière déterminé à un stade précoce et de persévérer dans les efforts suffisamment longtemps par après. Il est frappant de constater que de nombreux pays asiatiques - pensez à la Chine, au Japon, au Vietnam, à Taïwan et à Singapour - obtiennent des résultats relativement bons, tant sur le plan économique que sanitaire. Leurs habitants ayant une philosophie de vie d'inspiration confucéenne semblent avoir plus conscience que le comportement individuel de flibustier a des conséquences indésirables au niveau de la communauté. Aucun économiste ou virologue ne prétendra que le bien-être psychosocial ne compte pas, que du contraire. Mais le vrai progrès dans ce domaine ne viendra qu’une fois le virus sous contrôle. Heureusement, l'excellente nouvelle concernant les vaccins signifie qu'il y a la lumière au bout du tunnel. Et tout comme pour les grandes percées technologiques du passé, nous constatons une fois de plus que de grandes réalisations sont possibles lorsque marché et gouvernement joignent leurs efforts. Cela offre certainement perspectives et espoir dans le combat contre la crise climatique actuelle et d'autres crises futures.
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Céline Boulenger - EconomistJérôme van der Bruggen - Head of InvestmentsSilvia Steisel - Managing Director of Degroof Petercam FoundationHans Bevers - Chief Economist
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