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Cash for cars: l'avis de nos experts sur les problèmes de mobilité en Belgique.
Par Degroof Petercam - Marketing & Communication Specialist
A l’heure où la Chambre a approuvé le projet de loi sur l’allocation de mobilité, aussi appelé cash for cars, nous partageons avec vous les réflexions de nos économistes sur la question de la mobilité dans notre pays.
Selon les chiffres récents du Global Traffic Scorecard publiés par Inrix, le Belge passe en moyenne 22 heures par an dans les embouteillages en heure de pointe. La Belgique figure ainsi à la 27e position du classement international des pays connaissant les temps d’embouteillage les plus longs en heure de pointe.
Nombre d'heures par an dans les embarras de circulation : pour se rendre à Bruxelles 41 heures, pour Anvers, 37 heures et pour Liège, 19 heures.
Coûts et causes des embouteillages
Les problèmes de mobilité représentent un coût sociétal considérable, lequel comprend des coûts directs et indirects. Les coûts directs englobent le coût d’opportunité pour le conducteur, qui ne peut travailler, puisqu’il est bloqué dans les embouteillages, le coût du carburant consommé en surplus et le coût social des émissions et autres nuisances environnementales engendrées par un conducteur bloqué dans le trafic. Les coûts indirects se composent de la hausse des prix des biens et des services découlant du premier surcoût et des dépenses engendrées par les problèmes générés par les embouteillages au sein des entreprises. Selon l’évaluation d’Inrix, les problèmes de mobilité à Anvers coûteront au total la bagatelle de 6,2 milliards d’euros au cours des 10 prochaines années. Anvers décroche donc une première place peu enviable au classement, corrigé en fonction du nombre d’habitants, des villes européennes confrontées aux problèmes de circulation les plus coûteux. Le préjudice sociétal total s’élèverait à 9,4 milliards
d’euros pour la Belgique. Bien entendu, ces estimations se basent sur des hypothèses, mais il est difficile de nier la gravité du problème et son coût vraisemblablement élevé.
Les causes des problèmes de mobilité sont diverses. Les facteurs démographiques, les incitants fiscaux (les voitures de société par exemple), l’agencement du territoire, les lacunes du contexte institutionnel et la qualité des transports en commun sont pointés du doigt. La Belgique, de par sa situation géographique, est un pays de transit par excellence. Le transport de marchandises représente de ce fait une part non négligeable du trafic routier. En outre, l’économie belge est principalement axée sur le secteur des services. Le transport de personnes est donc lui aussi important. Les voitures de société, en particulier, font l’objet de vives critiques, et les économistes dénoncent cette politique depuis de nombreuses années. Outre son coût élevé pour l’État, estimé à près de 1 % du PIB belge, le système actuel favorise le trafic routier aux dépens d’autres moyens de transport. Le coût total en termes de prospérité, problèmes d’embouteillage inclus, est par conséquent considérable. Il n’est donc pas étonnant que la Commission européenne ait à plusieurs reprises tapé sur les doigts de la Belgique en raison de cette politique dispendieuse. Le monde politique belge semble lui aussi comprendre depuis peu que la voiture de société et la carte carburant ne peuvent être la norme en matière de rémunération des travailleurs. Mais la lourde fiscalité grevant le travail constitue un important problème sous-jacent, tout comme la complexité fiscale de la Belgique ; il n’y a, ainsi, toujours aucune distinction entre utilisation privée et professionnelle du véhicule. Enfin, le fait que cette politique continue à favoriser fiscalement un petit groupe de la population active, les personnes qui gagnent bien leur vie en particulier, reste problématique.
Face à ce constat global, le gouvernement a trouvé l'été dernier un accord concernant le budget de mobilité baptisé « Cash for Cars ». Il comprend la possibilité d’échanger la voiture de société contre un salaire net supplémentaire. Cette mesure semble aller dans le bon sens, mais cette politique aura elle aussi un coût pour l’État.
Démêler l’écheveau de la mobilité
Les transports en commun constituent-ils une alternative ? Une étude comparative de la Commission européenne révèle que la Belgique obtient un score moyen dans le domaine de la ponctualité des trains. Le rail doit donc encore augmenter son efficacité. Il est cependant indéniable que les transports en commun se sont améliorés en Belgique au cours de la dernière décennie, et ce mode de déplacement a vu le nombre de voyageurs qu’elle transporte doubler depuis les années 1990.
Toutefois, des études comportementales révèlent que l’abandon de la voiture au profit des réseaux publics progresse laborieusement. C’est pourquoi les transports en commun ne représentent qu’une partie de la solution aux problèmes de mobilité. Les économistes des transports préfèrent taxer l’automobiliste au kilomètre, en comptabilisant les effets négatifs de manière aussi précise que possible. Cela ne pose aucun problème sur le plan technologique, et des villes telles que Londres, Stockholm, Göteborg et Milan utilisent différentes variantes de la tarification routière intelligente. Il importe que le calcul soit opéré en fonction du type de véhicule, de l’heure et du lieu. Par exemple, la facture pour un véhicule polluant sur le ring de Bruxelles en heure de pointe sera élevée. Ainsi, les conducteurs concernés paient simplement les coûts que la société doit supporter. L’adoption de la tarification routière intelligente n’est donc pas seulement une solution bon marché et efficace, c’est également une solution équitable.
Conclusion
Outre la suppression des voitures de société, l’amélioration de la qualité des transports en commun et l’adoption de la tarification routière intelligente, la politique de mobilité belge doit en permanence tenir compte de l’évolution de l’environnement socioéconomique et technologique global. La technologie actuelle permet ainsi de faire davantage de télétravail, ce qui pourrait réduire les problèmes de mobilité en Belgique. Et que pouvons-nous attendre des drones ou des voitures autonomes, qui pourraient faciliter le transport de marchandises ? Il est donc tout à fait possible qu’une technologie qui n’existe pas encore actuellement démêle définitivement l’imbroglio de la mobilité belge d’ici quelques décennies.
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