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Marché de l’art printemps 2021 : dans le vif du sujet

Par Hubert d'Ursel - Head of Art Advisory
Interview d’Anne Pontégnie et Sabine Taevernier, experts indépendants collaborant au service Art Collections de Degroof Petercam, un service exclusif de conseil en art pour l’art du XXe et XXIe siècle, par Hubert d’Ursel, Head of Art Advisory Degroof Petercam.

Sotheby’s et Christie’s ont tenu leurs traditionnelles ventes d’Art moderne et contemporain de printemps lors de la semaine du 10 mai, totalisant un chiffre record de 1,3 milliard de dollars. Certes impressionnant, peut-on parler d’un sursaut du marché de l’art et d’un retour à la normale ?

Anne – Je dirais que le marché de l’art est en pleine expansion depuis 2000, avec une courte décrue lors de la crise financière de 2009. Après un an de pandémie on revient dans un marché fort, avec plus de vente en ligne et surtout des acheteurs plus nombreux, plus jeunes et dont la fortune n’a pas été affectée par la crise du coronavirus, au contraire.
Sabine – En effet, il y a énormément d’argent disponible dans un marché globalisé, avec un effet immédiat sur le marché de l’art. J’ajouterais que la dynamique créée par les salles de vente a permis de maintenir le marché à un niveau élevé. En étudiant l'évolution des demandes du marché et les habitudes de collection de ses clients, Christie’s a décidé de sortir l'art du contexte des mouvements historiques pour établir de nouvelles connexions stylistiques au-delà des courants. Dans cette optique, ils ont groupé les grands maîtres impressionnistes, modernes et d’après-guerre dans une vente d’« Art du XXe siècle », ce qui a renforcé la modernité de chacun et a permis de mieux promouvoir chaque œuvre. En réalisant non moins de 481 millions de dollars en une seule session, ce choix s’est avéré juste. Cette décision a en outre permis de grouper l’art émergent dans une vente d’ « Art du XXIe siècle » de quoi attirer les collectionneurs en quête de découvertes. Cela a indéniablement créé une nouvelle énergie et deux nouvelles plateformes : l’une pour amplifier les chefs-d'œuvre et l’autre pour découvrir des œuvres nouvelles.
Anne & Sabine – Nous sommes à des niveaux atteints en 2019 avant la pandémie. Il faut aussi tenir compte qu’une partie de ces résultats impressionnants est concentrée sur quelques œuvres phares comme le grand Basquiat ou le portrait de Marie-Thérèse de Picasso. Les salles de vente avaient réussi à réunir des œuvres de grande qualité.

Quelles sont les grandes tendances qui se profilent ? On parle beaucoup des artistes femmes, des artistes afro-américains….

Anne – Oui, on est en train de changer de décennie et de paradigmes. La globalisation du marché, avec un rôle fort de l’Asie, change les manières de faire et de voir. Il y a une tendance actuelle vers un art figuratif et coloré, compatible avec la circulation des images sur les réseaux sociaux. L’historicité laisse la place à l’attractivité visuelle, mais cela reflète aussi des tendances de fond importantes comme celles d’inclure des formes artistiques trop longtemps écartées du canon ou le besoin de formes artistiques qui créent des connexions plutôt que des séparations.
Les musées font face à des défis similaires, à la nécessité de diversifier leurs récits, de s’ouvrir à des langages exclus jusqu’à présent.
Sabine – Auparavant les institutions déterminaient le goût, aujourd’hui le collectionneur privé a pris le dessus en créant des musées personnels et plus subjectifs. On observe par conséquent un retour à l’émotionnel et au figuratif au détriment de mouvement plus intellectualisés, un retour à l’humain et à l’inclusion des exclus tels que les artistes femmes et les artistes afro-américains. Mêmes les plus célèbres institutions sont toutes en train de revoir leur manière de regarder l’art. Cela se passe maintenant de manière irréversible. L’avenir déterminera toujours quels de ces nouveaux artistes vont rester dans le canon de beauté par leur talent.
On observe un retour à l’émotionnel et au figuratif au détriment de mouvement plus intellectualisés, un retour à l’humain et à l’inclusion des exclus.

Les nouveaux acheteurs sont nombreux et attirés par des courants émergents, dont les Non Fungible Tokens (NFT), ces œuvres d’art virtuelles et tokénisées. Estimez-vous que les grandes stars du marché d’avant la crise vont chuter en intérêt et en valeur ? Je pense à Christopher Wool, Jeff Koons, Albert Oehlen, KAWS… Peut-on à nouveau parler d’un marché de l’art devenu plus spéculatif ?

Sabine – Cette évolution est récurrente et normale pour les courants artistiques à la mode, cela ne veut pas dire pour autant que ces artistes adulés hier vont disparaître. On assiste tout naturellement à l’intérêt d’une nouvelle génération d’acheteurs pour des nouveaux talents de leur époque.
Anne – Les artistes que vous citez sont en phase d’historisation et suivent une évolution normale de consolidation, avec il est vrai une baisse notoire de la surchauffe que nous avons connue avant la pandémie. Ils vont néanmoins rejoindre les artistes modernes et d’après-Guerre comme des valeurs sûres d’ici vingt ans. Leur valeur se stabilisera à leur juste niveau.
Sabine – Je dirais que ce serait le moment d’acheter ces artistes dont la cote a chuté, pour autant qu’on se dirige vers les meilleures pièces.

Comment voyez-vous le monde de demain ? On vit un moment exceptionnel du marché de l’art avec moins de foires d’art et plus de ventes digitalisées. Cette situation est-elle tenable quand l’acheteur ne voit plus les œuvres avant de les acquérir ?

Sabine – Moins que pour les salles de ventes qui proposent des valeurs sûres, le problème de la digitalisation se pose évidemment pour les jeunes galeries montrant des nouveaux artistes. Comment peut-on apprécier des œuvres nouvelles sans les voir ? Le problème se pose réellement pour apprécier les talents émergents.
Anne – Pour moi, ne pas pouvoir visionner une œuvre, même d’un artiste confirmé reste un obstacle majeur en vue de son achat. Ce que dégage une œuvre de visu est une expérience unique que même la meilleure technologie digitale ne pourra remplacer. Ce rapport physique avec l’art va rester car il est au cœur de sa valeur. Néanmoins, il est vrai qu’une génération de collectionneurs plus jeunes, notamment venus d’Asie, sont capables d’acquérir des œuvres importantes sans jamais les avoir vues, c’est un phénomène nouveau et certainement durable.
Clinginess is best served ripe, 2018 - Oil on canvas - 200 x 220 cm - © Jadé Fadojutimi, courtesy Galerie Gisela Capitain Cologne

Et les NFT, sont-ils là pour durer ?

Anne et Sabine – Oui et non. D’une part, ils vont continuer à évoluer pour devenir des instruments qui permettent de garantir la valeur, l’authenticité et la circulation des œuvres ainsi que des droits d’auteur et de suite pour les artistes et les créateurs. Regardez les musées qui produisent des NFT de chefs-d’œuvre de leur collection pour lever des fonds, c’est déjà une réalité. D’autre part, les premières œuvres digitales vendues aujourd’hui pour des dizaines de millions risquent de devenir rapidement obsolètes, remplacées par des objets plus sophistiqués ou de nouvelles habitudes. Un nouveau territoire dans l’art est né en un temps record poussé par la digitalisation post pandémie, mais il reste encore en chantier.

Parmi la nouvelle génération d’artistes, pouvez-vous me citer trois noms à suivre absolument pour leur grand talent ?

Anne :
  • Jade Fadojutimi (UK)
  • Miriam Cahn (Suisse)
  • Andy Robert (USA)
Sabine : J’aimerais compléter avec 3 artistes hors mode, mais qui ont leur place dans l’histoire de l’art :
  • Robert Ryman (US)
  • Cindy Sherman (US)
  • Giuseppe Penone (IT)
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